«Chaque fois que l'agent de France se trouve vers le duc, il ne part de lui sans faire protest que son maître sera contraint de rompre, s'il ne ôte le Xe denier, et qu'on lâche confiscation sur les biens d'aucuns sujets dudit roi. Le duc répond qu'il ne se peut que le roi de France fasse guerre à un si puissant roi qui lui a gardé sa couronne.—Sur l'arrière saison ne se garderont non plus de courir sur nous que un chat manger tripes.—«28 avril 1572. Les François ne voudront laisser échapper une si belle occasion qu'ils n'ont jamais heu telle. Et l'Amiral se polroit par ce bout réconcilier avec la France, et prendre ici siége.—17 juin 1572. Victoire des Espagnols à Mons. Les François n'ont échappé de leurs mains ni de celles des paysans. Le duc d'Albe a envoyé dire à l'agent de France que l'on avoit repurgé le royaume de son maître de beaucoup de rebelles et méchants. Et le même jour, le même agent vint congratuler à son excellence ladite victoire.—L'Estat est plus assuré qu'auparavant, à moins que les François s'en veuillent mêler ouvertement, ce que ne le fait à croire, estant la saison si advancée, et eux si mal prêts, et ne feroit finement l'amiral de se tant désarmer.—27 juillet. Aucuns disent que les François devoient faire à Mons un meurtre général des catholiques.—Le 11 juin, le cardinal écrit à Morillon: Tout l'espoir que nous pouvons avoir est sur ce que ceux du pays ne voudront pas être François.—10 avril. On se vante icy qu'avant 15 jours on verra merveille et recouvrera tout ce qu'on a perdu. Ce qui me déplaît, c'est que le duc écoute aucuns devins. On fait compte de regagner Mons par enchantement. Et trottent par cette cour aucuns livres escrits à la main sur nigromantie. Et m'a fait demander un personnage fort principal congé pour les pouvoir lire, ce que luy ay refusé sans autre cérémonie.—On a mandé le fils (du duc) pour comsoler le duc d'Albe, qui est comme désespéré. Le secrétaire m'a dit qu'à peine il ose se trouver seul avec le duc, qui semble devoir rendre l'âme, quand il entend mauvaises nouvelles.—11 août. On fait de grands apprêts en Champagne et en Lorraine. Il y a 24 pièces d'artillerie de fonte, pour venir sur Luxembourg où il n'y a personne.—13 août. Granvelle à Morillon.—Les François craignent l'armée de mer qui demeure en Ponent, outre celle que D. Juan d'Autriche mène en Levant.—25 août. L'amiral blessé le 22. Paris en liesse. L'amiral étoit sur son partement, et déjà malade.—26 août. Aujourd'hui sont partis les deux ducs (Albe et son fils). Ils m'ont requis de faire prier pour eux en tous monastères, comme j'ai commencé.—9 sept. Granvelle à Morillon: Benedictus Dominus qui facit mirabilia magna solus, et in cujus manu sunt corda regum!—Nous pouvons dire que, sans la défaite des huguenots qui vouloient secourir Mons, le roy de France n'eût osé entreprendre ce qui s'est fait. Ces malheureux l'eussent toujours tenu en tutelle. On verra ce que fera maintenant la mère. Si le roy de France passe outre, il se pourra dire roi, et la religion se restaurera, ce qui servira aussi pour autres pays. S'il ne passe outre, il aura de la besogne pour aucunes années, et nous laissera en paix.—Vous ne pourriez croire combien les François sont devenus insolents depuis l'exécution contre l'amiral: il leur semble qu'on les doive adorer. 11 septembre.—Granvelle à Morillon: Je voudrois que nous fussions quittes des prisonniers françois, car ils ne nous peuvent servir que de nous mettre en frais. Et si le duc commandoit de les jeter à la rivière, puisqu'ils sont des huguenots, je n'y mettrois aucun empêchement.—8 octobre. Granvelle à Morillon: On nous escript que le roy a fait dépêcher le chancelier de l'Hospital et sa femme, qui seroit un grand bien. Je n'ose dire que je voudrois que quelque autre femme (Catherine) fût logée où elle mérite.—8 novembre. Morillon lui répond: C'est un beau décombre de l'Hospital et sa femme. Plût à Dieu que cette Jézabel que bien nous connoissons les suivît tost. Correspondance de Granvelle (encore inédite).»
Chapitre dernier, p. 406.—Processions.—Nos archives nous donnent la curieuse attitude du clergé de Notre-Dame pendant l'exécution. Le matin du 24, on convint en chapitre que tout chanoine armerait sa maison: Munire suas domos armis. Le soir, au vestiaire, on décida qu'on ferait chaque jour des processions dans la cathédrale, et aux églises qui en dépendaient immédiatement, en priant pour le roi et les princes. Le mercredi, on ordonna pour le dimanche la procession du jubilé pour remercier Dieu de l'extermination commencée: Et ipsi Domino Deonostro gratias referemus de felici incœptâ extirpatione heresium et inimicorum nostræ religionis catholicæ. Registres capitulaires (mss.) de l'Église de Paris, L. 536, 2, 454, fol. 329, 330. Et un peu plus loin, 28 août: Etiam ordinantum est quod infans repertus non admittetur. Ordonné que l'enfant trouvé ne sera pas reçu (sans doute un petit huguenot, orphelin et perdu dans le massacre). Ibidem, fol. 331, verso.
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER Pages.
- Le lendemain de la Saint-Barthélemy.—Triomphe de Charles IX. 1573-1574 [1]
- Craintes de l'Europe et jalousie de Philippe II. Naissance du parti politique [3]
CHAPITRE II
- Fin de Charles IX. 1573-1574 [14]
- Siége de La Rochelle, épuisement des deux partis [19]
- La République protestante [27]
- Franco-Gallia d'Hotman [28]
- Mort de Charles IX (20 mai) [35]
CHAPITRE III
CHAPITRE IV