Chapitre VI, p. 94.—Calvin.—La mort du grand Servet.—Non content des livres du temps, et des travaux si importants qu'ont donnés sur Genève, Calvin et Farel, MM. Gaberel, Henri, Revilliod, Schmidt, Merle d'Aubigné, Bonnet, Pictet, etc., j'ai été à Genève en 1854 pour fixer mon opinion. Partisan de Servet et de la raison moderne, j'inclinais du côté de ses amis, les amis de la liberté (ou Libertins). Cette question, étudiée dans les Archives de Genève, spécialement dans les Registres du Conseil, devient plus claire. Je crois que ce parti eût livré Genève à la France. Malheur immense pour l'Europe. Servet comptait sur la victoire des Libertins, et c'est pour cela qu'il prolongea à Genève le séjour qui le perdit. Nul doute que Calvin n'ait cru sauver la religion et la patrie, la révolution européenne.—C'était le moment le plus brûlant de l'école du martyre. Dans une lettre inédite que le savant historien de l'Église de Genève, M. Gaberel, me communique, Calvin peint son embarras pour choisir entre les solliciteurs qui s'étouffent à sa porte, qui se disputent, quoi? d'être envoyés à la mort!
Chapitre VIII, p. 117.—Ronsard.—Nul doute que Ronsard n'ait eu un poète en lui (V. surtout les Amours, la belle pièce à Marie Stuart, t. II, p. 1174, etc.), mais ce poète est presque partout caché sous une bizarre enveloppe, ou barbare ou subtile. Même dans les Amours, œuvre de chaude jeunesse, il y a beaucoup de choses ridicules: Bel accueil, Faux danger, personnifiés, font penser déjà à la Carte de Tendre et à mademoiselle Scudéry.—Il y a une grande volonté, parfois un noble effort et quelque chose de l'élan de Lucain; et cependant la différence est grande. Lucain montre partout une âme généreuse. Il aurait eu horreur des lâches insultes de Ronsard au pauvre hérétique, maigre, pâle, voué à la mort. Il n'aurait jamais fait le quatrain atroce sur celui que Ronsard espère voir mener dans un tombereau au bûcher de la place Maubert, t. II, p. 1578, verso.
Chapitre VIII, p. 130.—Dans le récit que Coligny fait du siége de Saint-Quentin.—Pièce importante qui donne tout le caractère de l'homme, et qui, de plus, ouvre la série des grands historiens protestants, Coligny, si j'en juge par cette petite feuille marquée de la griffe du lion, eût été le premier de tous si la Cour de Charles IX n'eût brûlé ses écrits. Les protestants avaient senti qu'il était presque aussi important d'écrire que d'agir. L'histoire leur appartient; ils se succèdent sous les coups de la mort et forment un cycle admirable. L'honnête, judicieux et impartial président Laplace (tué à la Saint-Barthélemy) donne peu d'années, mais il les met dans une grande lumière. Il explique non-seulement le côté du Parlement, la mercuriale de 1559, mais la cour qu'il connaît très-bien, la réforme financière proposée à Poissy, etc. Pour les années 1558-9 et pour l'intérieur de Paris, il faut y joindre Crespin et Bèze. Laplace est si bien instruit, qu'il nous donne les dispositions de l'Espagne pour les Guises, précisément comme les propres dépêches espagnoles.—Regnier de la Planche vient ensuite (1576), qui reprend Laplace et le continue, bien plus ému et bien plus pathétique. Mais un fleuve de sang a passé en 1572, et trouble déjà la mémoire. La tradition vacille et change, si près des événements! La Planche engendre d'Aubigné comme historien (je ne parle pas de la compilation de la Popelinière, si timide, et faite pour Catherine de Médicis). En d'Aubigné, l'histoire, c'est l'éloquence, c'est la poésie, la passion. La sainte fierté de la vertu, la tension d'une vie de combat, l'effort à chaque ligne, rendent ce grand écrivain intéressant au plus haut degré, quoique pénible à lire; le gentilhomme domine, et l'attention prolixe aux affaires militaires. Il est parfois bizarre, parfois sublime. Au total, nulle œuvre plus haute.—Il a des magnanimités inconcevables, jusqu'à louer Catherine (1562).—Si l'on veut mettre en face un homme et un scribe, qu'on rapproche sur un même fait d'Aubigné, et un fort bon écrivain, Matthieu, l'annaliste favori d'Henri IV. On sera étonné de la supériorité du premier, et pour le style, et pour l'exactitude (en 1570, d'Aubigné, I, p. 300; Matthieu, I, p. 322). Matthieu, comme Cayet, comme De Thou, a perdu le sens vif des choses. De Thou est nul, obscur sur le point de départ, 1561, sur le danger des biens du clergé, sur la réforme financière qu'on proposa, et qui est si bien dans Laplace.—Observation essentielle et capitale. En écrivant ce volume, j'avais, d'une part, ouvert devant moi les trois historiens protestants, et d'autre part, les dépêches de Granvelle et du duc d'Albe, de Philippe II. Eh bien, j'affirme qu'il n'y a pas un point grave où ces pièces catholiques démentent les assertions des protestants. Loin de là, ceux-ci sont moins défavorables aux Guises, à Catherine, que les Espagnols. Les actes secrets, les pièces confidentielles, dévoilent des bassesses et des fourberies qu'ils ne devinaient nullement.
Chapitre XIII, p. 212.—L'acte du triumvirat n'existe point en original, quoi qu'en dise Capefigue. Sans doute, il ne fut que verbal. La pièce imprimée aux Mémoires de Guise est ridicule, visiblement fausse. L'exact et obligeant M. Claude, de la Bibliothèque, que j'ai prié de la chercher, ne l'a trouvée dans aucun fonds, sauf dans un recueil de la fin du siècle, au Supplément français, no 215, fol. 131, verso.
Chapitre XIII, p. 214.—Lorsque la bombe éclate (1561-1563), je veux dire l'idée de vendre les biens du clergé, les Archives du Vatican témoignent de la terreur qu'elle inspire. «L'inquiétude du nonce est d'autant plus grande, qu'il se présente des acheteurs» (carton L, 388). Alors s'entame un fort long marchandage entre le nonce et le connétable. On peut tout réduire à ceci: «Le nonce: Il faut couper court, détruire les prédicateurs huguenots. Le connétable: Je sais que le pape a un million d'or réservé pour cette guerre; il nous faut deux cent mille écus. Le nonce: Mais, Monseigneur, vous faites S. S. plus riche qu'elle ne l'est.»—Le pape se saigne, donne cent mille écus. Mais, à mesure que la guerre avance, la détresse de la cour de France devient excessive; elle meurt de faim, Charles IX et sa mère écrivent au pape lettres sur lettres dans un style de mendiants, Catherine lui dit, par exemple, que ce sont les premiers secours qu'il a bien voulu fournir qui lui donnent la hardiesse d'en demander d'autres; mais ce sera la fin, etc. Charles IX parle avec une bassesse emphatique du protonotaire que S. S. a daigné lui envoyer, de ce messager de bonheur; pour trouver un pareil homme, elle a été sans nul doute inspiré de Dieu, etc. Archives de France, extraits des Archives du Vatican, carton L, 384.
Chapitre XIV, p. 236.—Guise s'écrie: «Je suis luthérien.»—Cette pièce décisive existe en allemand dans Sattler, Hist. du Wurtemberg sous les ducs, IV, 215. Elle a été traduite récemment dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1855, pages 184-196. Important recueil qui a, dans les derniers temps, donné beaucoup de précieux documents, peu connus ou entièrement inédits.
Chapitre XVIII, etc., p. 284 et suiv.—Le duc d'Albe.—C'est un soulagement pour l'historien de trouver enfin ce véritable Espagnol qui éclaircit tout, et dégage la situation des obscurités, des lenteurs, où s'embourbe le Flamand Philippe II. Les lettres du duc en 1563-1564 (ap. Granvelle, t. VII) sont une véritable révélation. Il est très-net, très-vif. Il dispense son maître de l'entrevue que le cardinal de Lorraine lui proposait avec le pape, Catherine et l'Empereur: «Où il n'y a ni puissance ni bonne foi, l'entrevue seroit superflue.» Et sur l'Empereur: «Il est nul comme un pape» (VII, 285).—Le moment le plus curieux de ce règne, c'est celui où Philippe II attrape les Flamands. Il écrit à Marguerite qu'il modèrera ses édits; et, quant au pardon général, «comme il n'eut jamais d'autre intention que de traiter ses sujets en toute clémence possible, n'abhorrissant rien tant que la voie de rigueur,» il veut que Marguerite le donne (1566, 31 juillet). Mais il écrit à Rome le 12 août qu'on dise au pape: qu'il ne pardonnera qu'en ce qui le concerne et pour les délits qu'il est en son pouvoir de remettre. Reiffenberg, corr. de Marguerite, p. 96-106. Gachard, Philippe II, t. I, p. CXXXIII et 446.—Même équivoque sur l'inquisition. Philippe II et Granvelle (t. VI, p. 554, 563) nient qu'on veuille introduire aux Pays-Bas l'Inquisition espagnole. Toute la finesse est dans ce dernier mot. Sans doute elle ne pouvait l'être dans la forme toute espagnole, tellement nationale comme police dominicaine et monastique, comme suite de la persécution mauresque et juive, etc. Mais qu'importe, si le secret des procédures, les présomptions prises pour preuves, enfin le régime des suspects (avant), des entachés (après), faisaient du pays un enfer comme l'Espagne.—Le grand esprit qui, de nos jours, a mis dans une si terrible et si instructive lumière les Révolutions d'Italie, a révélé le vrai mot des Révolutions de Hollande; expliqué pourquoi les unes avortèrent et les autres se maintinrent; de sorte qu'en ces deux histoires, la politique théorique apprendra désormais ce qu'il faut faire pour perdre la liberté ou pour la défendre.—Le fond de la question était de savoir si les quinze provinces catholiques n'entraîneraient pas avec elles les deux protestantes, si le droit sacré des majorités rétablirait le despotisme, si la liberté serait tuée au nom de la liberté. C'est la gloire de cet indomptable Guillaume le Taciturne d'avoir tranché ce nœud fatal, ce lacet que l'on jetait au cou de la République, étranglée avant de naître. Il faut lire le procès-verbal de la conférence secrète dans les lettres de Guillaume (III, 447), la relire dans le récit lumineux de son interprète, en qui le ferme génie de Tacite et de Machiavel s'est montré à cette page agrandi de l'expérience de nos révolutions (Quinet, Marnix, p. 105). Et nunc erudimini. Apprenez, peuples de la terre.—Maintenant, qu'il me soit permis d'éclairer deux points:—La succession heureusement graduée des gouverneurs des Pays-Bas, de la férocité du duc d'Albe à la douceur de Requesens, aux grâces de Don Juan, ne tint pas uniquement à une combinaison du génie de Philippe II, mais, à son défaut de ressource, à sa détresse financière, qui ne lui permit pas de continuer la guerre d'extermination que conseillait le duc d'Albe. Pourquoi? Parce qu'elle était coûteuse.—Je crois aussi qu'en rendant justice au courage, à la sagesse de Guillaume, comme l'a fait Quinet et le savant archiviste de la maison d'Orange, il faut faire la part de l'esprit indépendant, du bon sens profond que montrèrent les États de Hollande dans la question religieuse, dans les points où ils furent en désaccord avec leur héros.—La tentation de celui-ci, génie moderne au-delà de son temps, fut la tolérance de l'humanité. Proclamons-le, ce grand homme, du titre qu'il mérite, le roi d'un immense peuple qui naissait parmi les peuples, celui des amis de la tolérance, le chef du parti de l'humanité.—Henri IV, qui fut ce chef après lui, touche aussi le cœur, mais il touche moins, paraissant si indifférent au bien et au mal. La douceur du prince d'Orange ne prit pas sa source dans l'indifférence. L'homme qui souffrit le plus peut-être dans ce siècle, ce fut lui; et il fut aussi celui qui garda son cœur le plus calme, parce qu'il était le plus ferme.—Un des résultats de cette douceur, c'est qu'il fut habituellement l'avocat des catholiques. Leurs tentatives pour le tuer ne l'en corrigèrent pas. Il eût voulu que la Hollande et la Zélande s'ouvrissent aux catholiques, ce qu'ils refusèrent obstinément.—Refus profondément sage. Nous en donnerons les raisons qu'on n'a point données jusqu'ici.—Entre l'admission des catholiques en Hollande et celle des réformés en Belgique, il n'y a aucune parité, et rapprocher ces deux choses, c'était montrer qu'on ne connaissait pas assez les deux partis.—Les réformés, quels qu'aient été leurs essais de discipline, de concentration, d'unité, gardaient le signe originel de la réforme, qui fut l'examen et la liberté. Ils n'avaient pas l'apparente unité du dogmatique catholique. Ils n'en avaient pas la redoutable hiérarchie religieuse et politique, ce vigoureux machinisme, pour faire agir d'ensemble des volontés anéanties au profit d'un corps dirigeant, pour combattre avec des cadavres.—N'ayant pas la confession, la direction des femmes, n'entrant point dans les secrets, dans le mystère des familles, n'agissant que par la parole en pleine lumière, ils n'avaient aucun moyen de résister aux souterraines menées de leurs adversaires, s'ils les admettaient une fois.—Il est ridicule de dire que la presse y suppléera auprès d'un public de femmes, d'enfants, de mineurs, de faibles, qui ne lisent pas, ne peuvent lire, s'abstiennent de s'éclairer, par vertu chrétienne, humilité et simplicité d'esprit.—Si le prince d'Orange eût fait admettre les catholiques en Hollande, une guerre inégale, impossible, commençait entre deux partis qui ne pouvaient se combattre, agissant sur deux terrains absolument différents, les uns au soleil sur la terre, les autres dessous.—La Hollande, malgré Guillaume, se ferma strictement à l'ennemi; elle garda avec vigilance, pour le salut commun du monde, l'étroite citadelle de la liberté.—Tout cela connu, il faut avouer que la question de tolérance s'en trouve fort avancée. On s'étonne moins des lois par lesquelles la Hollande et l'Angleterre cherchèrent à se préserver de cette ténébreuse invasion.—Le ver solitaire se présente, au nom de la tolérance, il réclame le droit spécieux qu'a tout être d'être toléré. Recevez-le; la liberté, la philosophie, la raison, vous prient de ne pas repousser cet hôte, humble, doux, flexible, qui ne demande après tout qu'à vivre selon sa nature. Elle l'a fait pour vivre de vous. Seulement, une fois admis, c'est un profond mariage, et ne comptez pas l'expulser.
Chapitre XIX, p. 297.—Marie Stuart, le borgne Bothwell.—La France a toujours été partiale pour Marie Stuart. Je ne sais combien d'historiens ont poétisé, sinon réhabilité, la très-indigne héroïne. Deux ouvrages remarquables ont encore paru récemment. M. Mignet, si judicieux et justement sévère dans son premier volume, suit volontiers dans le second les apologistes de la reine d'Écosse. Il en est de même d'un charmant narrateur, M. Dargaud. Je lui sais gré d'avoir senti une chose que les autres ont négligée, l'amour profond et le désespoir de Darnley.
Chapitre XXI. p. 333.—Ramus nous apprend que l'Amiral préférait la foi des Suisses.—Voici sa lettre du 3 mars, dans Waddington, Vie de Ramus, p. 243, 438: «On a essayé de tromper là-dessus notre Amiral, et l'on n'a réussi qu'à faire surprendre la ruse et l'artifice.»—Je lis aussi dans la France protestante de M. Haag, article De Lestre, le passage suivant de ce ministre: «Ramus vouloit donner la liberté à tous ceux qui se diroient avoir le don de prophétie d'interpréter et parler en l'Église de Dieu.» Le colloque ne voulut point dépouiller les pasteurs d'une charge qui leur appartenait selon lui; cependant il décida que, dans le cas fort rare de dons extraordinaires bien constatés par les ministres et les anciens, on pourrait, du consentement du synode provincial, qui resterait maître de les interdire, établir dans les églises, sous la présidence d'un pasteur, des conférences publiques où parleraient ceux qui auraient reçu ces dons. Cette légère concession fut d'autant plus aisément accordée, nous dit De Lestre, «que nous la voïons avoir esté désirée par beaucoup de grands personnages.»—L'excellent article Châtillon de M. Haag m'apprend une chose peu connue, c'est que les saintes reliques du héros, du martyr, du grand citoyen, sont enfouies «dans un pan de mur en ruine du château de Châtillon-sur-Loing.»—Comment le portrait de la Bibliothèque n'est-il pas exposé en face de celui de François de Guise? On le volera un matin pour le détruire. Mis en face, ces deux portraits trancheraient la question. Guise est un homme né et doué, mais tombé à jamais, un maudit. Coligny est l'homme de la bonté courageuse et de l'adversité. Il voulut, grande chose! voulut toujours, et bien.—Si l'on veut comparer la faiblesse de l'idéal cherché et la force du réel, qu'on compare ce dessin à la noble gravure de 1579 (les trois frères). Elle en est écrasée. L'auteur rêvait de la Saint-Barthélemy, et il la lui met sur la face! Il le croit un homme de guerre; ce grand homme, pacifique entre tous!—C'est aussi l'erreur générale des gravures de Pérussin, si belliqueuses. Non, ils furent des martyrs.—Il faut revenir aux dessins Foulon, de la Bibliothèque. La trinité des frères y est: le brave Dandelot, si net, franc du collier, premier soldat de France, et le pauvre cardinal aux beaux yeux bleus limpides, fait pour plaire, aimer et souffrir. Le jour qu'il réfléchit, il est sensible, il est perdu. Son soutien, évidemment (voir les dessins), c'est madame la cardinale, résolue, hardie (quarante ans), lèvres fières et regards parlants, pleins de vives répliques, invincible d'amour et de fidélité.—En face de ces figures si nettes, mettez, au contraire, je vous prie, la face désolée et usée du pauvre chancelier l'Hôpital (tableau du Louvre). Doux, bon, honnête, avec une certaine idéalité dans les yeux, un pauvre précurseur de l'équité future: Quœsivit cœlo lucem, ingemuitque repertâ.
Chapitre XXI et suivants.—Saint-Barthélemy.—Il y a trois récits vraiment importants qui se complètent l'un l'autre, et ne se contredisent pas: ceux d'Henri III, de Marguerite et de Tavannes. Les acteurs et exécuteurs de l'acte s'accusent eux-mêmes. Habemus confitentes reos. Pourquoi ne pas les croire? Si on les veut excuser malgré eux, disputer, dire que Charles IX préparait tout depuis deux ans, etc., Tavannes tranche tout par un mot de bon sens: «S'il eût fallu deux ans, rien ne se fût fait.»—Les relations protestantes, et les catholiques (Capilupi, Archives curieuses, VII, 460) qui soutiennent également la longue préméditation, sont évidemment romanesques. Il leur faut entasser je ne sais combien d'hypothèses invraisemblables.—Je sais que c'était la tradition italienne, espagnole, je sais que la vendetta en grand était fort à la mode, que les exécutions d'Espagne sur les Maures et les Juifs, les trente mille anabaptistes, les vingt mille têtes du duc d'Albe, étaient l'admiration, la légende du temps. Je sais que le massacre demandé dès 1555 par les prédicateurs, recommandé par Pie V, fut réellement travaillé en 1572 par les évêques Vigor, Sorbin et l'Église de Paris, par les Jésuites et hommes du pape, Augier et Panigarola. Ils voyaient que, sans le massacre, le duc d'Albe certainement allait périr entre Guillaume et Coligny.—Un mois avant l'événement, on l'écrivit de Rome à l'Empereur, et le duc de Bavière en parlait (Groen, IV, 69, et appendice p. 13). Ceci prouve seulement que l'Espagne et le clergé désiraient, machinaient, ne désespéraient d'en venir à bout. Mais tout cela ensemble n'efface pas l'aveu du duc d'Anjou. Tout dépendant des résolutions variables d'un demi-fou, Charles IX, rien n'était sûr, et rien ne se serait fait peut-être sans l'extrême peur du duc et de sa mère et sans la peur qu'ils firent au roi d'un complot des huguenots.—Mon volume des Guerres de religion était publié lorsque le savant M. Schmidt, de Strasbourg, qui venait de le lire, voulut bien m'envoyer la Saint-Barthélemy, par M. Soldan, qu'il a traduite. C'est désormais le livre capital sur ce sujet; tous les récits y sont rapprochés et judicieusement discutés. J'ai le bonheur de voir que cet excellent critique arrive à la même conclusion que moi. Une seule chose manque à cet ouvrage si complet, c'est le côté des Pays-Bas, la crainte où l'on était de l'invasion française, et le besoin urgent que le duc d'Albe avait du massacre. J'y supplée par ces extraits des lettres inédites de Morillon à Granvelle: