Les Archives de Suisse contiennent plusieurs pièces intéressantes sur cette époque. Celles de Berne éclairent la destinée du fils aîné de l'amiral. Dans les Registres du conseil de Genève, on trouve la manière étrange dont on avait imaginé d'annoncer l'abjuration aux étrangers. Le chancelier écrit: «S. M. demeure en l'église où elle a été baptisée.» (Communiqué par MM. Bétant et Gaberel.)—Cf. la correspondance d'Henri avec le landgrave, éd. Rommel; une très-curieuse brochure de M. C. Read: Henri IV et le ministre Chamier, 1854; enfin, le charmant livre de M. E. Jung, Henri IV écrivain.—J'ajourne beaucoup de choses. La publication prochaine de l'important ouvrage de M. Poirson ne peut manquer d'éclairer ce règne d'un jour tout nouveau.
[12]: Inexact: cela n'est vrai qu'en 1597.
[13]: Luther fut réellement le premier apôtre de la tolérance. Il y a des textes pour et contre dans l'Évangile. Les Pères sont partagés: saint Hilaire, saint Ambroise et saint Martin sont pour; saint Cyprien, saint Augustin sont contre, et ce sont ces derniers que toute l'Église a suivis, et les conciles, et les papes, et saint Thomas d'Aquin.—Luther n'hésite pas. Il tranche ainsi la question: «L'usage de brûler les hérétiques vient de ce qu'on craignait de ne pouvoir les réfuter.» Léon X et la Sorbonne le condamnent (error 33) pour avoir avancé: Hereticos comburi esse contra voluntatem Spiritûs. Il avait dit (à la noblesse allemande): «Contre les hérétiques, il faut écrire et non brûler.» Dans son explication de saint Mathieu (XIII, 24-30): «Qui erre aujourd'hui n'errera pas demain. Si tu le mets à mort, tu le soustrais à l'action de la parole et tu empêches son salut, ce qui est horrible... Oh! que nous avons été fous de vouloir convertir le Turc avec l'épée, l'hérétique par le feu, et le Juif à coups de bâton!» Le 21 août 1524, il intercède auprès de l'électeur pour ses ennemis, Münzer et autres: «Vous ne devez point les empêcher de parler. Il faut qu'il y ait des sectes et que la Parole de Dieu ait à lutter... Qu'on laisse dans son jeu le combat et le libre choc des esprits.—La guerre des paysans qui ne l'écoutèrent pas et le mirent dans une si grande colère, ne lui fit pas cependant modifier ces doctrines. Il autorise seulement les princes à se faire obéir et à réprimer l'esprit de meurtre (4 février 1525). En 1530 encore (sur le psaume LXXXII), il ne demande contre les blasphémateurs publics que leur éloignement.—Un savant et consciencieux ministre d'Alsace, M. Müntz, qui connaît à fond Luther, et que j'ai consulté, me répond: «Je ne connais de lui aucun passage où il approuve qu'on punisse l'hérétique qui ne prêche pas la révolte et le meurtre.»
[14]: Pour la bénédiction de ce livre, finissons par ces innocents, le protestant, le catholique. J'ai tiré ce que j'ai dit de Palestrina des Memorie du chanoine Baïni, très-lumineusement résumés dans un excellent article de M. Delécluze (ancienne Revue de Paris).
Quant à Palissy, je serais inconsolable de n'en pas parler tout au long, si M. Alfred Dumesnil n'en avait fait si bien la légende. Un mot seulement sur son séjour aux Tuileries. Ce sont de ces spectacles où Dieu s'amuse, que ce bon homme, ce saint, ait été logé au palais de la Saint-Barthélemy par Catherine, dans sa ménagerie, avec ses bêtes, oiseaux, poissons, à côté de l'astrologue et du parfumeur trop connu!... Elle prenait plaisir à voir Palissy orner ses vases de plantes d'un vert pâle où couraient des serpents.
Sa poterie lui sauva la vie et fit excuser son génie de naturaliste. Admirablement étranger aux sottes sciences du Moyen âge, il avait un sens pénétrant pour toute chose d'expérience et de vérité, une seconde vue lointaine des vraies sciences. Il semblait que la nature, charmée de trouver un homme si ignorant, lui dît tout, comme à son enfant. Il voyait au sein de la terre couler les eaux, sourdre les fontaines, monter la sève aux plus secrètes veines des plantes. Il entendait parfaitement la formation des coquillages et l'élaboration profonde du monde des mers. Le premier, il ramassa toutes sortes de curiosités et fit un Cabinet d'histoire naturelle. Beaucoup de gens demandant ce que signifiait tout cela, il commença (1575) à enseigner, non telle science (faisant profession de ne rien savoir), mais seulement ce qu'il avait vu, trouvé, expérimenté.
Ce qu'il regarde volontiers dans les choses de la nature, ce qu'il observe avidement et voudrait imiter, ce sont les arts ingénieux par lesquels elle protége les plus humbles de ses enfants. Les volutes des coquillages où ils se retirent, s'abritent et trouvent tant de sûreté contre la violence des flots, contre la rage d'un monde de destructeurs, lui font envie; il les propose comme modèle originaire des forteresses les plus sûres. Ah! pourquoi Dieu n'a-t-il pas donné le refuge au moins de l'huître et du moule, la carapace des tortues, à ce grand peuple poursuivi, à ces infortunés troupeaux de vieillards, d'orphelins, de femmes, qui, désormais sans foyer, s'enfuient, éperdus, sur les routes de France?... Le rêve des Îles bienheureuses dont se berça l'humanité, les solitudes d'Amérique où nos fugitifs qui cherchaient la paix trouvèrent la mort et l'Espagnol, tout cela n'arrête pas l'imagination de Palissy, positif jusque dans ses songes. Le sien, c'est une œuvre d'industrie, un vaste jardin établi dans une position forte et savamment fortifiée où il ferait un château de refuge pour sauver les persécutés. Les sciences de la nature ont été précisément cet abri pour l'âme humaine.
Ce pauvre homme, méprisé, jeté à la voirie avec les chiens, n'en commence pas moins le vrai nouveau monde. Il termine le XVIe siècle et le dépasse. Par lui, nous passons de ceux qui devinèrent la nature à ceux qui la refirent, des découvreurs aux inventeurs, créateurs et fabricateurs.—De lui est cette parole: «La nature la grande ouvrière; l'homme ouvrier comme elle.»—Non, non, le XVIe siècle n'a pas été perdu, puisqu'il finit par un tel mot. Combien nous voilà loin de l'Imitation monastique, froide et stérile! La chaude imitation dont il s'agit ici, c'est le prolongement de la création.
[15]: Les renvois des pages indiquées dans ces notes se rapportent au volume XI.
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