«1573, 12 avril. Le Roy se fâcha lundi merveilleusement contre la royne sa mère, jusques à luy reprocher que elle estoit cause de tout ce désordre, de fasson que sur collère il print opinion de se aller promener pour cinq ou six jours hors la court à la chasse aux environs de Mellun, là où il coucha mardy passé. Quoy voyant la royne sa mère le renvoya rappeler et raccointer par la royne sa femme.—31 mars 1574. Le roi de Pologne partant a machiné par sa mère que Guise resterait près de Charles IX contre le duc d'Alençon. Charles IX dit à Alençon: «Cadet, l'on te veut sortir de cuisine.» Et il lui conseilla de s'appuyer de Montmorency (qui le rapprocha des huguenots). Un parti vient menacer Guise à Saint-Germain. Tout se sauve. Alençon s'excuse à Charles IX, qui, dès lors, s'en défie. Et les huguenots aussi se défient du duc d'Alençon.—La reine pleure. On la sait maléficiée pour qu'elle ne puisse avoir enfant.—20 mai 1574. Élisabeth déplore le malheur de la pauvre France, qui, ayant déjà tant d'ennemis, etc. La reine mère se met contre ses enfants, le roi contre son frère sur si légère défiance. Éloquent et touchant.—31 décembre 1574. Mort du cardinal de Lorraine. La reine en prit une telle appréhension, que, le jour devant qu'il trépassa, le roy présent, elle s'imaginoit de veoir devant elle monseigneur le cardinal qui l'appeloit et qui la convioit de venir avec lui.—7 janvier 1575. Les huguenots pratiquent Alençon. L'envoyé de Savoye n'en parle pas, dit-il, car on dit que la grandeur de Votre Altesse est que la France soit en troubles, pendant quoy elle fait ses affaires.—5 septembre 1575. Leurs Majestés ont quitté le Louvre pour l'hôtel de Guise; le Louvre n'a pas de jardin et la reine, qui aime à se promener, allait au jardin des Tuileries. Mais, comme on se doute de la guerre plus que jamais, elle a pris opinion qu'on pourrait lui jouer mauvais tour, ou au roi.—18 décembre 1575. Sa Majesté continue ses dévotions, allant tous les matins visiter divers monastères, l'autre jour, à une abbaye près Corbeil, assez mal accompagnée, et heust avis de quelques chevaux qui le firent retirer plus vite que le pas et retourner en cette ville. La reine, sa femme, ne se rend guère moins superstitieuse, car elle porte dessus elle tout plein de reliqueries pour des vœux qu'elle a fet.—23 novembre 1575. C'est pitié de le veoir (Henri III). S'il n'estoit marié, on le feroit d'église. Il se laisse fort posséder des Jésuites, etc. (Archives diplomatiques de Turin. Dépêches manuscrites de l'ambassadeur de Savoie à Paris.)

[5]: Il est singulier de voir combien elle restait italienne, hors du point de vue de la France. Son orthographe suffirait pour montrer qu'elle s'était bien moins francisée qu'on ne l'a cru: «En priant Dieu vous donner cet que vous désirés... come jé dit has Boinvin...» (Lettre ms., 27 mars 1876.) Sa petite politique italienne eut le résultat d'isoler parfaitement la royauté, refoulant les protestants vers Élisabeth, les catholiques vers Philippe II. Son conseil à Henri III «de se faire fort,» d'imiter Louis XI, etc., est plus que puéril, dans son épuisement financier et l'embarras d'une guerre qu'elle a provoquée étourdiment, malgré les conseils des Montluc, des Vénitiens. Puis elle crie tout à coup au roi: «Sans la paix, je vous tiens perdu.» (Lettres mss. du 28 sept. 1574 et 11 déc. 1575.)—La lettre inepte du 5 juin 1572 que j'ai citée (Guerres de relig., p. 280) est ms. dans Bréquigny, t. XXXIII.

[6]: MM. Mignet et Ranke, très-favorables à Don Juan, ont rapproché, résumé d'une manière lumineuse tout ce qu'on en a dit.—Pour Philippe II, ils ne me paraissent pas sentir assez que, quoique lent et médiocre, ce fut de plus en plus un demi-fou. Je pense surtout à ses rêves sur la couronne impériale, celles de Pologne, de Danemark, ses expéditions à contre-temps en Barbarie (cf. Groen et Charrière, III, 336). Ce n'étaient pas seulement Granvelle ou Spinoza qui tâchaient de le retenir, mais le duc d'Albe qui, en 1569, lui expose l'énormité de l'entreprise sur l'Angleterre (Gonzalès, Documents, IV, 517, 521). Plus tard, au plus fort de ses embarras, le duc d'Albe frémit de le voir se lancer dans la guerre des Turcs. «Il est poussé par les prêtres,» dit-il (ap. Gachard),—tenté du diable (ap. Charrière).—Quant aux fameuses apostilles de Philippe II sur les dépêches, elles n'étaient pas de lui. «J'ai la preuve, dit Gachard (I, p. LXII), que c'était le secrétaire Çayas qui ordinairement en rédigeait la minute.»—Pour la ruine de l'Espagne, cf. Ranke, sur les finances, et Weiss, dans son excellent livre sur la décadence espagnole.—La statue de Philippe II, à Bruxelles, se voit au mur latéral de Sainte-Gudule.

[7]: Je n'attends pas, comme d'autres, 1586 et le procès de Marie Stuart pour parler de la série des conspirations jésuitiques; je les prends à l'origine, à la mission de Campian, à la première arrivée de Ballard en Angleterre, 1580. Le procès de Ballard et de Babington (States trials) montre parfaitement qu'il faut remonter très-haut, avant l'assassinat du prince d'Orange. Tout cela est d'une pièce. Les événements militaires alternent avec les conspirations: un jour l'épée, un jour le couteau.—Le curieux, c'est l'émulation des deux polices, qui se débauchent leurs agents l'une à l'autre.—Quant aux tentatives de descente, le moment intéressant est celui où Guise, entravé par l'Espagne, essaye de se lier, sans elle et contre elle, aux catholiques anglais; très-bien exposé par M. Mignet, Marie Stuart, II, p. 235.

8: Aux chapitres XII et XIII, j'ai suivi fréquemment De Thou pour l'intérieur de Paris. Les siens y avaient de fortes racines, et purent savoir beaucoup, étant et au Palais, et à la Cour, et dans les rues; son père le président était colonel de quartier.—Personne n'a bien compris qu'aux Barricades Guise était traîné par l'Espagne, qui le risqua, comme un brûlot, pour pouvoir faire partir l'Armada.

[9]: 12 février 1586. Les amis de Guise s'effrayent. Il ne va pas au Louvre qu'avec trois cents gentilshommes. Je croy qu'on verra bientost esclatter ce que le roi couve au fonds de la nue, le desdains qu'il porte dans sa poitrine.—20 février. Guise va toujours à pied au milieu de ses gentilshommes à cheval. M. de Sauves a dit que si Guise se hasardoit à s'accoutumer avec sa femme, il le feroit mourir sans respect.—16 février. On croit qu'il (Guise?) est venu pour offrir de l'argent au roi de la part du clergé pour continuer la guerre contre le roi de Navarre.—28 février. Hypocrisie de Guise. Il dit à l'ambassadeur de Savoie qu'il ne parlera point de paix, qu'il embrassera en bon serviteur le parti que suivra le roy, qu'en ces jours de pénitence, où les débats étoient bannis, on parleroit des affaires; que dans quinze jours il retourneroit dans son gouvernement, où il serviroit mieux le roy.—10 mars 1586. Guise fait effort pour que l'argent que donne le clergé soit remis en ses mains pour la guerre. Il visite ceux de Paris, tous les conseillers et présidents.—13 mars. Le roi met ordre que le sieur de la Noue se jette dans Genève avec soixante gentilshommes, du consentement de ceux de la ville (pour la garder contre la Savoie).—14 mars. La nécessité d'argent les fera tous changer sans vergogne. M. de Guise est pauvre et vend tous les jours. Argent comptant lui pourra faire changer de conseil. Et le clergé payera tout.

23 mars 1586.—Le roi ne consulte plus sa mère. Il met des impôts pour rendre odieux Guise, qui veut la guerre.—1er mai. On réduit Guise par la pauvreté. Il vient d'engager sa meilleure terre de 25,000 fr. de revenus.—14 mai. Guise dit au roi en partant: Je vois que mes ennemis, du vivant de S. M., peuvent m'ôter l'honneur et la vie; mais je leur montrerai avec combien de malheurs cela adviendra. Cent ans après nous, on sentira la plaie qu'ils auront faite à ce royaulme.—Guise aspireroit à la couronne après la mort du roi.—27 mai. La Ligue a dégoûté tout le monde. Guise s'est laissé mener par le nez.—18 juin. Dévotion d'Henri III. Le pape le prie de modérer ses abstinences.—10 juin. On va imprimer les lettres de Guise à l'Espagne et au pape. Le roi est devenu le plus fort.—4 juillet. Le roi a dressé 12 enfants joueurs de luth, et les fait coucher à la garde-robe.—15 février. Joie de la Savoie. Le jeu commence. Le duc pourra tomber enfin sur Genève que le roi défend.—D'Espernon périra le premier, et l'on profitera de ses débris.—20 février. Le roi devient mélancolique, n'aime plus le bruit, se retire aux Capucins. Il laissera faire. Les mignons sont ennemis entre eux. Joyeuse trahirait Épernon pour Guise.—6 mars. Henri III dit qu'il voudroit que Savoie fût dans Genève, qu'il s'en réjouiroit avec le duc.—31 mars. Le roi s'abandonne; mais si d'Épernon vient, il peut tuer ses ennemis. Épernon dit qu'il les fera sauter des galeries du Louvre.—20 avril. Le roi, larme à l'œil, met le chapeau de Joyeuse à Épernon, et celui d'Épernon à Joyeuse, et les deux chapeaux sur sa tête: union.—29 avril. Il faut que le duc de Savoie gagne Marseille et Lyon. Sans Marseille, point de Provence, sans Lyon, point de Dauphiné.—2 juin. Savoie pourroit se déclarer défenseur du roi, qui lui remettroit ses places plutôt qu'à un d'Épernon.—4 août. Guise, au désespoir, avoue qu'il appellera les Espagnols.—C'est à ce point de ses affaires le plus ébranlé qu'il fera bon traiter avec luy. Je luy ay faict tenir les 2 billets. On verra ce qu'il répondra.—3 septembre. (Aux États), il y aura quelque querelle d'Allemand qui troublera la fête. Les fourriers des princes s'y entrebattent déjà.—11 septembre. Le roi est vindicatif et dissimulé, mais qui n'exécute pas, il sera toujours prévenu par M. de Guise.—12 septembre. Guise a 5,000 arquebusiers dans Orléans, et l'ambassadeur offre du secours à Guise, qui se croit fort et ne veut encore agir.—Guise en vient à nonchaloir, reprend ses amours avec madame de Sauves.—Le roi fait entendre qu'il le fera connétable.—1589, 17 mars. Le président Jeannin m'est venu trouver; il m'a dit que V. A. devoit agir, que M. du Maine estant élu lieutenant de l'Estat, ne pourroit sans rougir consentir ouvertement et du premier abord qu'on démembrast la France.—Voyant qu'il parle vaguement comme Guise, le Savoyard répond durement, écarte les belles paroles de Jeannin, dit qu'il lui faut au moins le Dauphiné sous la protection de la Savoie.—Les trois ou quatre qui mènent les affaires offrent le Dauphiné et la Provence.—Dépêches inédites de l'ambassadeur de Savoie. Archives de Turin.

[10]: De Thou, si complet ici, doit être comparé aux Anglais; il donne la part importante que les Hollandais eurent à la chose. Les Mémoires de la Ligue contiennent les dépositions des Espagnols naufragés, t. II, p. 452. Nos archives possèdent trois curieuses ballades anglaises, avec gravures; on y voit les grils, fouets, etc., qu'apportaient les Espagnols (Archives de Simancas, B, 6, 76).

[11]: Vers le mois d'avril 89, le légat Morosini s'étant retiré à Marmoutiers, le roi y vient pour se récréer, dit-il, puis il avoue que c'est pour parler au légat.—Il s'excuse de s'appuyer sur l'alliance des hérétiques.—Suit un dialogue très-vif. À tout ce qu'objecte l'homme du pape, le roi répond toujours par l'impossibilité d'apaiser les catholiques. «Que voulez-vous que je fasse si le duc de Mayenne vient pour me couper le cou, il me faut bien une épée, recourir aux hérétiques, aux Turcs même. Ils veulent absolument ma tête, et moi je veux la garder, etc., etc.—Le cardinal Cajetano fait, le 28 mars 1590, un long rapport sur la situation.—Si le Navarrais arrive à la couronne, il faudra peu de temps pour que la religion soit exterminée.—Villeroy lui a raconté un entretien de Mornay, d'après lequel «le Navarrais ne se fera pas catholique, mais laissera tout le monde croire et vivre à sa guise; il réformera le catholicisme, se fera roi des Romains, envahira l'Italie, bouleversera la chrétienté.»—«Le Navarrais, dit Cajetano, a su, par des lettres interceptées, que le pape me donnait ordre de semer la division parmi les princes du sang.»

On est saisi d'étonnement, en voyant, quelques feuilles plus loin, Henri IV devenu si indifférent au parti protestant, qu'il songe à épouser une fille de Philippe II (26 juin 1597). La grande crainte du pape à cette époque, c'est qu'à la mort d'Élisabeth, Henri IV ne fasse tomber la succession d'Angleterre dans les mains du roi d'Espagne; cette idée monstrueuse paraît si naturelle au pape, qu'elle fait son inquiétude; il y pense jour et nuit! Archives de France. Extraits des Archives du Vatican, carton L, 388.