Le jeune roi de Navarre n'avait pas suivi son cher ami Alençon, espérant (assure De Thou) qu'on lui confierait une armée contre lui. Mais on l'avait donnée à Guise. Un matin, il prit son parti, quitta le roi, que tous quittaient.
Il arrivait fort à propos. Les protestants étaient déjà en grande défiance d'Alençon. Ce garçon, double, intrigant, s'était adressé à la fois à Rome et à La Rochelle. Il faisait savoir au pape qu'il ne voulait en tout cela que «se servir des huguenots». En même temps, par une proposition insidieuse faite aux Rochelais, il avait cru tout d'abord pouvoir se saisir de la ville. Il ne les attrapa point, et se fit connaître. Les protestants aimèrent mieux l'ennemi qu'un tel ami.
Au printemps, Catherine, étant venue sur la Loire au-devant de son cher fils, obtint de lui la paix. Rien ne fut plus gai. Son galant cortège de filles, qu'elle menait en toute occasion, négociait à sa manière, mêlant les caresses aux paroles; c'était comme l'appoint des traités (6 mai 1576).
L'article 1er n'était pas moins que le démembrement de la France. On refaisait Charles le Téméraire. Alençon recevait tout le centre du royaume en apanage (Anjou, Touraine, Berry, Alençon, etc.) Navarre avait la Guyenne, et Condé la Picardie. On était dès lors bien sûr que les catholiques en voudraient autant pour les Guises. Et, en effet, ils vont avoir cinq gouvernements. Des treize que comptait le royaume, trois peut-être resteront au roi.
L'article 2 constituait les protestants en une sorte de république, ayant non-seulement le culte libre partout, non-seulement des places fortes de six provinces, mais se gouvernant par leurs assemblées. Plus, un solennel désaveu de la Saint-Barthélemy, faite «au grand déplaisir du roi.» Restitution des biens confisqués aux familles des victimes.
Le roi se chargeait de payer les Allemands, et remerciait tous ceux qui l'avaient soulagé de sa royauté.
Enfin, tant de choses accordées, il octroyait, par-dessus, les États généraux, qui devaient emporter le reste.
La reine mère revint triomphante d'avoir obtenu ce traité. Tout le monde admira son adresse (Albert, Alamanni, Archives Médicis).
CHAPITRE VI
LA LIGUE
1576
Dans la forêt des mensonges où j'entre armé de critique et, j'ose dire, d'un sérieux amour de la vérité, je rétablirai la lumière, spécialement au profit du grand parti catholique, trompé misérablement et jouet de ses meneurs. Si je le démontre aveugle, j'innocente sa bonne foi.