Dès 1586, dans les dépêches d'un agent très-clairvoyant, vivement intéressé à la chose, l'ambassadeur de Savoie, je trouve cet aveu curieux: «La Ligue a dégoûté tout le monde.» (Archives diplomatiques de Turin, 27 mai 1586, portef. 5.)

Qui dit la Savoie dit l'Espagne; Philippe II venait de donner sa fille au jeune duc de Savoie. C'est l'aveu des intéressés, de ceux qui comptaient se servir de la Ligue pour démembrer la France, qui travaillaient dans ce but, qui pratiquaient Marseille et Lyon. (Ibidem, 27 avril 1587.)

Si la Ligue avait eu en France les fortes et vastes racines nationales qu'on suppose, Guise n'eût pas eu besoin d'attendre toujours Philippe II. Quoiqu'il tirât du clergé, quoiqu'il tirât de ses biens qu'il était obligé de vendre, il tendait toujours les mains à l'Espagne; il en recevait l'aumône, et, la lutte s'engageant, il en sollicitait les troupes.

Il savait très-bien que la Ligue, en campagne, n'aurait pu tenir devant le Roi, uni au roi de Navarre. On le vit en 1589.

Dans les villes mêmes, si faciles à terroriser (nous l'avons vu tant de fois), la Ligue eût eu le dessous, si elle n'eût sans cesse employé le moyen suprême, à savoir: le peuple, son peuple d'assommeurs, celui qui mangeait à midi la soupe des couvents et touchait le soir l'argent espagnol. C'est par ces bandes qu'elle fit les élections de la milice en 1588.

L'étranger, toujours l'étranger. Voilà ce que tout Français un peu clairvoyant voyait à travers la Ligue.

Allez donc, sots érudits, rapprocher les temps de la Ligue de ceux de la Convention! Comparez, je vous prie, les défenseurs et sauveurs du territoire avec ceux qui livraient la France.

Cette misérable France, si loin de ses premiers élans spontanés, nationaux, si loin d'Étienne Marcel et des vrais États généraux, qu'avait-elle pour se défendre, au XVIe siècle, devant la puissance espagnole? Hélas! rien que la royauté.

Cette royauté funeste, cruellement dépensière et folle, elle est encore le point central où il faut bien ici se rallier.

Cruel abaissement des temps. Dans le précédent volume, nous stigmatisions justement le sauvage fou Charles IX et l'homme femme Henri III. Nous voici réduits maintenant, par la Ligue, ce monstre d'hypocrisie, à regretter Charles IX, à favoriser Henri III[9].