Ce programme, rédigé certainement par les Jésuites sur la table de Mendoza, propose à la France d'imiter les nobles libertés castillanes, les assemblées des Cortès (blessées à mort par Charles-Quint, et poursuivies au moment même par Philippe II en Aragon).
Voyez l'Angleterre, disait-on, voyez la Pologne: les États y gouvernent tout.
Sublimes docteurs du mensonge! Combien leur cachet est reconnaissable! Et qui jamais put espérer d'en approcher dans le faux? Ces libres États, sortis de la nationalité et défenses de la patrie, ils les attestaient ici pour espagnoliser la France et pour étrangler la patrie.
Revenons. L'assemblée se caractérisa en nommant président du clergé le cardinal de Guise, un furieux; président du Tiers État l'un des Seize, la Chapelle-Marteau, l'organisateur du comité de la Ligue, que la révolte avait fait prévôt des marchands. Enfin la noblesse fut présidée par l'homme des Barricades, le jeune Brissac, ennemi personnel d'Henri III.
Avant même d'exister, je veux dire d'être constitué, le Tiers dit toute sa pensée: supprimer l'impôt, désarmer le roi.
Tout impôt établi depuis 1576, supprimé. Et cependant la valeur de l'argent ayant infiniment changé, il avait bien fallu que l'impôt montât avec tout le reste.
La seconde pensée des États fut de censurer la tolérance du roi. Le jeune Brissac le tint sur la sellette et le chapitra, comme un maître d'école flagelle l'enfant de paroles avant de lui donner le fouet. Plusieurs mots sentaient le sang: «Longue patience méprisée est cause de rigueur sans pitié.»
J'ai besoin de rappeler que ces violentes plaintes sur la tolérance du roi s'adressent au pénitent des Jésuites, au confrère des flagellants, à l'homme qui conseilla la Saint-Barthélemy!
Du reste, pourquoi un roi? Il suffit de l'ambassadeur d'Espagne pour gouverner la république française. La situation rappelle et rappellera de plus en plus la misérable Pologne de la fin du siècle dernier, lorsque l'ambassadeur russe, le sauvage Repnin, régnait sur le roi avec un mélange bizarre de violence et de ruse, d'hypocrisie et de fureur.
L'ancienne Rome avait dix tribuns du peuple; la France va en avoir mille, sous le nom de syndics. Des syndics de bailliages à ceux de provinces, et de ceux-ci au syndic général qui suivra le roi et le gardera à vue, tout se tient, tout se lie. La tête du système est le protecteur étranger.