Le premier service que Guise rendit à Philippe II, ce fut d'attacher à la Ligue un certain Balagny, que la reine mère avait placé à Cambrai pour lui garder cette place, prise autrefois par son fils Alençon. Entre les mains d'un ligueur, Cambrai ne pouvait manquer de revenir bientôt à l'Espagne.

Sur la même frontière du Nord, le roi avait donné au duc de Nevers la Picardie, que réclamait de longue date le duc d'Aumale. M. de Nevers passant par Paris, le prévôt des marchands et les Seize vinrent à son hôtel, et, au nom de la ville, au nom de la Ligue, lui défendirent d'y songer.

Quoiqu'il fût stipulé dans le traité qu'on rendrait la Bastille au roi, on se moqua de cet article. On maintint dans la forteresse l'un des chefs, le fameux procureur et escrimeur Leclerc, le plus violent des Seize.

Ce qui ne fut pas moins sensible au roi et lui démontra son néant, ce fut la défense que la Ligue fit au Parlement de vérifier les lettres royales données au comte de Soissons, fils du prince de Condé, pour le laver d'avoir porté les armes avec les hérétiques. Le peuple s'y opposa, disant qu'un tel péché exigeait que le comte allât à Rome. Guise tenait extrêmement à ce qu'il ne fût pas réhabilité et restât incapable de succéder à la couronne, comme fauteur d'hérésie.

De plus, Guise aurait voulu que son fils épousât la nièce du pape. Et le roi la demandait pour le comte de Soissons.

Sur toute et chacune chose, Guise se trouvait ainsi en face du roi. Il paraissait déterminé à le pousser à l'extrême. Le mouvement, comprimé, mais très-significatif de Paris contre la Ligue, l'obligeait d'achever le roi, dût-il lui-même tomber sous l'influence espagnole. Sans doute aussi il la redoutait moins depuis cette grande catastrophe de l'Armada. Philippe restait puissant et redoutable; mais ce n'était plus ce Dieu, ce Jupiter, ou ce Pluton, ce terrible Démon du Midi, qui semblait tenir ou fermer à son choix l'outre des tempêtes.

L'élection des États fut travaillée par toute la France avec une furie extraordinaire. Le mot d'ordre était donné. On ne voulut pas de ligueur modéré, mais seulement les emportés, les casse-cous de la faction. Le Tiers parti, épouvanté, ne savait que dire. À Chartres même, sous les yeux du roi, un seigneur, l'homme de la Ligue, effrayait les royalistes des plus terribles menaces. L'épée ne tenait à rien; et, derrière l'épée, c'était le bâton de la populace, soldée par les prêtres; et, derrière la populace, c'était l'Espagnol, les trente mille hommes de Farnèse, prêts à renouveler en France, dans chaque ville, le sac d'Anvers.

Pas un des élus n'était homme connu, sauf quelques-uns dans la noblesse. C'était généralement la basse bourgeoisie, inepte et envieuse du voisin, laquelle, flattée par les seigneurs, eût fait des crimes pour eux.

Qu'étaient, que voulaient ces États qui venaient, disaient-ils, au secours de la religion catholique? Pouvaient-ils se tromper eux-mêmes? Mais le roi venait justement de leur ôter tout prétexte. Il envoyait deux armées contre l'hérésie, l'une sous le frère même de Guise, l'autre sous le duc de Nevers. Guise et Nevers, c'était également la Saint-Barthélemy.

S'il y avait dans les députés quelques hommes de bonne foi, il faut croire que la passion les rendait à moitié fous. Le programme qu'on leur apporta de la part des Seize ne porte pas le cachet de l'huissier, du procureur, des Leclerc et des Marteau. Il rappelle bien plutôt l'hypocrisie avec laquelle nous avons vu l'Espagne attester à Trente, à Rome et partout, la liberté qu'elle écrasait; il rappelle le courage du clergé, lorsque, prié d'aider à l'État (mai 1561), il refusa héroïquement au nom de la liberté.