Une assemblée générale des huguenots se fit à la Rochelle, et elle ordonna d'armer. Mais tous les grands du parti disaient le contraire. Mornay même voulait qu'on se soumît. Quelques paroles de la cour, une petite justice qu'on fit de l'excès de Tours, désarma la résistance. Le Béarn, qui se relevait, fut écrasé par d'Épernon. On acheta Châtillon, et enfin La Force. On escamota Saumur au pauvre Mornay, qui, du reste, le méritait bien par le tort que ses conseils avaient fait à son parti.
Chose remarquable! la reine et Condé, ces bons patrons des protestants, insistaient vivement pour qu'on les accablât. Et ils étaient en cela appuyés des Espagnols. Nos grands historiens politiques, qui disent que l'anéantissement du parti qui gardait un peu de vie morale fut le salut de la France, devraient considérer pourtant que nos ennemis les Espagnols ne demandaient pas autre chose. L'écrasement des protestants français était un côté du plan général qu'on étendait sur l'Europe, et qui eût rendu la suprématie à l'Espagne et à l'Autriche.
À quoi s'amuse donc l'histoire de nous donner la réunion de l'imperceptible Béarn, et la petite guerre protestante qu'on pouvait apaiser d'un mot, pour compensation de l'Europe entière que la France, occupée à ces misères, livrait à ses ennemis?
Il est vrai qu'avec le Béarn on gagnait encore autre chose. De Luynes fondait sa maison, non-seulement en France, mais en Flandre, chez le roi d'Espagne. Son frère Cadenet, en 1619, était à Bruxelles, et recevait de l'infante le prix de la trahison. De la comtesse de Chaulnes, unique héritière de sa famille, et du baron de Péquigny, était née une fille qui réunit tout et resta encore unique héritière. L'Espagne la tenait, relevait dans le palais de l'infante, qui la donna, avec cette fortune immense, à l'heureux petit Cadenet.
Luynes, que donna-t-il en échange? bien peu de chose et peu coûteuse, mais d'inappréciable résultat: une ambassade pacifique qui, visitant les protestants d'Allemagne, avec l'évangile de la paix, leur montrant qu'ils n'auraient secours ni des Français ni des Anglais, les jeta dans l'inertie et dans un désespoir stupide, de sorte qu'ils laissèrent écraser le Palatin, leur chef, par les armes de l'Autriche. Alors la même ambassade leur moyenna un bon traité avec l'Autrichien, mais qui ne liait nullement les alliés de celui-ci, l'Espagnol et le Bavarois, qui les écrasèrent à leur aise. L'Allemagne, engourdie par la France, tendit doucement la gorge au couteau (1620).
CHAPITRE XXI
RICHELIEU ET BÉRULLE
1621-1624
Un peintre, éminemment fidèle, consciencieux dans l'art et dans la vie, le Flamand Philippe de Champagne, nous a mis sur la toile, au vrai, la fine, forte et sèche figure du cardinal de Richelieu (galerie du Louvre).
Ce peintre janséniste se serait fait scrupule d'égayer, d'enrichir la grise image d'un rayon de lumière, comme auraient fait Rubens ou Murillo. Le sujet, triste, ingrat, eût changé de nature. L'œil eût été flatté et l'art plus satisfait, mais il eût menti à l'histoire.
Songez que c'est l'époque où la grisaille commence à se répandre, où la vitre incolore, remplace les vitraux du XVIe siècle. En France, spécialement, le goût de la couleur s'éteint.
Grisaille en tout. Grisaille littéraire en Malherbe. Grisaille religieuse dans Bérulle et dans l'Oratoire. Port-Royal naissant vise au sec, et j'allais dire au médiocre. Pascal paraîtra dans trente ans.