Galilée, en 1610, avait eu sur le ciel son coup d'œil de génie. Richelieu eut le sien sur la terre en 1624.
Que vit ce Galilée de la situation politique? Des étoiles nouvelles? Non pas, mais une étoile qui filait.
Il comprit le néant de Rome.
Et cela au moment où les événements donnaient au pape une énorme importance dans l'opinion, au moment où les vainqueurs de la Bohême et de l'Allemagne dressaient le trône du légat romain, le constituant maître et des âmes et des biens, le dictateur de la victoire.
Le beau neveu de Grégoire XV, monsignor Ludovisio, prince élégant, favorisé des dames, venait d'élever le Gesù et la Propagande. Sous Urbain VIII, poëte agréable et anacréontique, ces deux maisons fleurirent de plus en plus et furent le double Capitole de la Rome d'Ignace. Dans l'une, on organisa la police du globe; dans l'autre, ses conquêtes. Le grand mensonge des missions aux terres païennes commença là. Voyez les gasconnades du Tite-Live de la Gascogne, le grand Florimond de Raemond. Tendres pour les Chinois, terribles pour l'Europe, sortirent de là tous ces prêcheurs qui allaient derrière les armées de Waldstein avec les loups et les vautours.
Ce qu'il y eut d'habileté dans tout cela ne doit pourtant pas faire oublier ce qui facilitait les choses. Je veux dire le grand côté financier de l'affaire. Si ces charmants Jésuites furent si persuasifs, gagnèrent les rois, les cours, les belles dames, jusqu'aux laquais, c'est qu'ils s'adressaient à des gens qui comprenaient très-bien qu'il s'agissait d'une translation de la propriété. Arrêtez donc une révolution qui marche par la furie des lois agraires!
Maintenant je laisse nos critiques apprécier la littérature des Jésuites. Elle est forte en rébus, incomparable en acrostiches, sublime en calembours. J'admire Cotton, j'admire l'Imago primi sæculi. Mais l'éloquence de ces Pères bien autrement éclate dans l'Édit de restitution, qui ruine moitié de l'Allemagne au profit de l'autre, dans la Révocation de l'édit de Nantes, qui fit pleuvoir la manne des confiscations protestantes dans les poches trouées de la noblesse catholique.
En conscience, Tilly, Waldstein, etc., avaient bon temps, quand tous les princes protestants avaient peur du protestantisme, voyant la république au fond. L'Angleterre ne fit rien. Pourquoi? Parce que son roi protestant adorait les Espagnols, estimait les Autrichiens. Les princes luthériens d'Allemagne se gardèrent de s'associer à la Hollande, ce qui les eût sauvés, craignant que leurs sujets ne se fissent Hollandais, qu'ils ne fussent tentés par la grandeur subite et l'enrichissement prodigieux de la nouvelle république.
Tout cela, en réalité, rendait ces intrigues et ces carnages assez difficiles, et la papauté n'eut pas beaucoup à suer. Le curieux, c'est qu'elle fut très-souvent l'obstacle de ce qu'on faisait pour elle. À travers toute cette fantasmagorie de Propagande et de Gesù, de conquête universelle, etc., on voit au fond du Vatican, quoi? Un petit vieillard chagrin, Italien avant tout, prince avant tout, oncle avant tout, qui emploie vite le peu de temps qu'il a à acquérir un morceau de terre pour le Saint-Siége ou ses neveux. Les trois papes florentins n'ont pas fait autre chose. Paul IV appelait jusqu'aux Turcs pour sa petite affaire de Parme. Sixte-Quint tourne le dos à la grande Armada, à la Ligue; il ne regarde que l'Agro romano. Clément VIII veut Ferrare; Urbain VIII, Urbino. L'Europe est pour eux secondaire.
Richelieu vit ces misères à fond, de part en part.