Avec celui-ci, la chose alla vite. Pendant que Richelieu se met en route pour revenir, déjà tout est fini. Bérulle a bâclé un traité, plein d'équivoques. «Les Grisons restent souverains, sauf le cas où les Valtelins se croiraient lésés comme catholiques. Le roi de France aura seul les passages, sauf le cas d'une guerre des Turcs, où l'Espagnol voudrait aller secourir l'Autrichien.» Or, ce cas était tout trouvé, l'Autriche étant alors aux prises avec le Transylvain, allié des Turcs. Les Espagnols, sous ce prétexte, eussent à l'instant même repris les passages.
Guéri par la colère, Richelieu revient, déchire le traité, en appelle à la France (il demande une assemblée de notables) et au clergé même de France. Sa prise sur le clergé, c'était une victoire qu'il venait de gagner sur le protestant Soubise avec les vaisseaux d'Angleterre et de Hollande (15 septembre 1625.)
Les Notables, princes, ducs et pairs, cardinaux, maréchaux, délégués des Parlements, membres de l'Assemblée du clergé (qui siégeait déjà à Paris), votèrent comme un seul homme pour Richelieu.
La reine mère, Bérulle et le légat faisaient triste figure, restant seuls pour la paix, seuls bons et fidèles Espagnols, devant une assemblée toute française. L'abandon du clergé surtout outrait le légat. «Et toi aussi, mon fils!» Il fit un coup désespéré. Sans dire adieu, il part (23 septembre), tirant décidément l'épée, et résolu de faire des levées de troupes, pour qu'on vît qui l'emporterait de la maison de France ou de celle des Barberini.
Richelieu fit courir après par politesse; mais il ne s'en souciait guère, ayant la France avec lui. Il amusait alors les Notables d'un projet superbe de réforme utopique, de ces choses agréables et vaines dont se régalent volontiers ces grandes assemblées. Il est curieux de voir l'idéal de Richelieu.
Cela commence d'abord de façon pastorale, le roi veut imiter saint Louis jugeant sous un chêne; chaque dimanche et fête, à l'issue de la messe, il donnera audience à tout venant, et recevra toute requête, que reprendra le demandeur, «avec réponse au pied,» le dimanche suivant.
La généralité des affaires se traitera par quatre hauts conseils. Mais à tout seigneur tout honneur: au plus haut conseil, trône le clergé; quatre prélats et deux laïques seulement le forment pour aider le roi à nommer aux bénéfices, et, «en général, pour tout ce qui peut intéresser sa conscience.» Voilà la conscience du roi administrée en république, et en république d'Église.
Le même esprit républicain perce dans l'organisation régulière qu'il veut donner aux conciles provinciaux. Ils deviendront les juges du clergé en dernier ressort.
À tout curé au moins trois cents livres par an, équivalant aux douze cents que leur donne la Constituante de 89.—Moins d'ordres mendiants, moins de Capucins.—Cloîtrer les monastères de filles.
Le roi réduit tellement sa maison, qu'il reviendra à la dépense d'Henri III.—Plus de vénalité d'offices.—Plus d'acquits au comptant; le roi se ferme le Trésor.—Plus de vagabondage, taxes des pauvres.—Moins de colléges, moins de lettrés pauvres (d'abbés faiseurs de vers, de prestolets solliciteurs, etc.)—Moins de luxe. Chacun, réduisant sa dépense, supprimant les clinquants italiens et passements de Milan, n'aura plus à chercher de mauvaises voies pour se refaire. Quelles voies? Le bon roi Jacques dit haut ce que Richelieu pense: que le gentilhomme ruiné venait en cour spéculer sur sa femme.