2o L'autre coup, en apparence minime, est en réalité terrible, c'est la brouille complète d'Henriette et de Charles Ier. Celui-ci en moins de six mois, sera forcé d'armer contre la France.

Henriette était une petite brunette, vive, agréable. Elle était d'Henri IV et non de Concini. Elle naquit du raccommodement de 1608, vrai du côté d'Henri, très-faux du côté de Marie. L'enfant ne rappela que trop cet étrange moment. Sensuelle et galante, violemment brouillonne et têtue. Quand elle passa en Angleterre, elle se fit dévote, prit ce mariage comme pénitence. Bérulle lui propose pour modèle la pécheresse Madeleine. Qu'une princesse de dix-sept ans eût déjà tant à expier, c'était de quoi faire réfléchir Charles Ier et le refroidir. Mais il n'y parut pas. Le roi était triste, grondeur, violent, mais honnête homme et régulier; il revenait toujours. C'est ce qui donna tant d'audace à la jeune femme.

Par une belle matinée de printemps, d'une chaleur rare en Angleterre, la reine, emmenant tout son monde, son évêque et ses aumôniers, ses religieuses, tout cela en costume et en grande pompe papiste, à travers Londres émerveillée, se rend au gibet de Tyburn, où furent pendus les saints Jésuites de la Conspiration des poudres, et là, agenouillée, elle fait sa prière à ces célèbres assassins.

Outrage solennel, non-seulement à la religion de l'Angleterre mais à la morale, à la conscience de l'humanité.

Charles Ier, qui déjà périssait, qui en était réduit à dissoudre son parlement, à tenter des emprunts forcés, dans sa terrible misère, reçut de la main de sa femme cette pierre pesante pour l'enfoncer dans sa noyade. La scène fut violente contre les prêtres et les femmes de la reine. «Chassons-les, écrit-il, comme des bêtes sauvages.» Le 9 août, lui-même lui prononça cette sentence. Elle pria, pleura, cria. Des cris lui répondirent, ceux de ses femmes qu'on emmenait. Elle se jette aux barreaux des fenêtres pour les voir encore et leur dire adieu. Sanglots, clameurs, etc., une scène publique surprenante dans les mœurs anglaises, où tout se passe sans bruit. Le roi était mal à son aise, se sentant posé dans ce drame comme l'indigne et barbare tyran.

Pour abréger, il arracha des barreaux les mains de la reine, qui s'évanouit furieuse, et fit écrire partout que ses mains étaient déchirées.

Texte excellent. C'était celui même de la terrible Marie Stuart, si heureusement exploité par les papes. Urbain VIII, à l'instant, saisit la légende d'Henriette, épouse infortunée de ce Barbe-Bleue britannique. Sur la donnée un peu maigre, il est vrai, de l'écorchure douteuse, il rebâtit le grand roman pontifical de l'autre siècle, la conquête de l'Angleterre par l'Espagne et la France. Il dit expressément à l'ambassadeur espagnol: «En conscience, votre maître, comme bon chevalier, est tenu de tirer l'épée pour une princesse affligée.»

La jeune reine d'Espagne, sœur d'Henriette et fille de Marie de Médicis, écrivit de sa main au cardinal de Richelieu, invoquant son secours et sa galanterie pour soutenir les reines opprimées.

Autant en écrivait l'infante de Bruxelles. Autant en disait au Louvre la reine mère. Bérulle s'adressait au cœur du cardinal, à sa piété, bien sûr qu'en cette grande occasion il agirait comme prince de l'Église.

Ces instances touchantes, unanimes, eurent un grand effet sur le roi, qui regardait l'expulsion de ces Français comme un outrage à sa couronne. De sorte que Richelieu, n'étant plus même soutenu par le roi, et se trouvant tout seul, dit qu'il goûtait l'entreprise, mais qu'il fallait d'abord, pour mettre Charles Ier dans son tort, lui envoyer une ambassade.