Le cardinal de Richelieu entra, pour faire enlever les cadavres, nettoyer les rues, et, le temple étant redevenu la cathédrale, il y dit la messe le matin du jour de la Toussaint (1er nov. 1628). Le roi entra le soir, avec quelques troupes dans le plus grand ordre. Le père Suffren, Jésuite, confesseur du roi, y fit la fête des Morts.

Les Oratoriens, les Minimes, force moines, y entrèrent, s'emparèrent de différents lieux pour faire chapelle. Les habitants perdirent leurs temples et n'eurent de culte que dans un lieu déterminé plus tard.

L'héroïque Guiton, qu'un ennemi généreux eût accueilli, ne fut pas reçu du roi. Le cardinal le regarda de travers et le fit interner dans je ne sais quel village.

Les villes innocentes de Saintes, Niort, Fontenay, qui n'avaient pas bougé, toutes les vieilles places de Poitou, de Saintonge, perdirent leurs murs, et bientôt peu à peu tous ceux de leurs habitants qui purent passer en Suisse et en Hollande.

Le Poitou, alors l'un des pays les plus avancés de la France, devint le plus barbare; plus sauvage et plus superstitieux que la Bretagne. Les Poitevins, derrière leurs haies, toujours seuls à la queue des bœufs, sans rapport social qu'avec des curés rustres, restèrent étrangers à tous les progrès du temps, et gardèrent au vieux fanatisme cette précieuse réserve de Vendée, qui, en 92, quand nous eûmes l'Europe à combattre, nous assassina par derrière.

Le petit pays d'Aulnis, si riche jusque-là, et si maigre aujourd'hui, fut comme anéanti. Plus de la Rochelle. Tous se firent Hollandais. Cette ville aujourd'hui est une espèce d'Herculanum ou de Pompéï. Chose bizarre! les insectes, qui ont le sens très-vif des choses condamnées à la mort, s'en sont emparés en dessous. Les termites rongent les charpentes. Telles maisons, jusqu'ici solides en apparence, s'affaisseront un matin.

Image trop naïve de cette France du XVIIe siècle, souvent brillante et luisante en dessus, et dessous chaque jour plus vide.

Un vieux secrétaire de Sully, qui s'était enfermé au siége et vit cette désolation, dit ce mot prophétique: «Voici les huguenots à la merci des puissances qui les détruiront. On en fera autant des peuples qui ne sont pas huguenots.» La richesse, en effet, la subsistance même, iront toujours diminuant en ce siècle. La France, sous Richelieu, maigrira de sa gloire, et n'engraissera pas sous Colbert. En 1709 je la cherche, et ne vois plus qu'un os rongé.

Est-ce à dire qu'il n'y aura aucun progrès? On aurait tort de le croire. En ce pays de violence, le progrès s'accomplit par des voies d'extermination. Une France meurt avec la Rochelle et l'émigration de l'Ouest. Une France meurt par les dragonnades et la banqueroute. Une en 93. Une en 1815. Et il y a toujours des Frances à dévorer.

Puis, toujours des sophistes pour la complimenter à chaque destruction. Quelle belle chose que ce pays, au moment de lutter contre l'Autriche et l'Espagne, se soit retranché son meilleur membre et détruit ses meilleurs marins! Cela s'appelle se couper une jambe, afin de mieux courir. Ou bien le mot de Molière (s'il est permis de citer la comédie en chose si triste): «Croyez-m'en, crevez-vous un œil; vous y verrez bien mieux de l'autre.»