NOTES

PARIS.—IMPRIMERIE MODERNE, Barthier, directeur, rue J.-J. Rousseau, 61.

Notes

[1]: M. Poirson a très-bien distingué qu'il y a là deux choses: 1o le système positif des alliances d'Henri IV avec les ennemis de la maison d'Autriche, système qui se faisait de lui-même sous l'impression de terreur que cette maison inspirait; toute l'Europe se serrait du côté de son défenseur. 2o Un plan tout utopique de Sully pour la fédération européenne. M. Poirson est trop indulgent pour ce plan ridicule. Cela a été écrit par les secrétaires de Sully (ils le disent eux-mêmes), en 1627, pendant le siége de La Rochelle, et déjà sous la royauté du cardinal Richelieu, l'année précédente, avait été proposé, comme type de l'ordre financier, l'année 1608, c'est-à-dire l'apogée de l'administration de Sully. Celui-ci put en concevoir le vague espoir d'être rappelé aux affaires par le cardinal. De là peut-être ces idées (si étranges chez un protestant) de faire une république italienne vassale du pape. Ce qu'il propose aussi pour les élections de Hongrie et Bohême est ridicule et quasi-fou. On regrette de trouver cette tache dans ce beau livre des Économies.

[2]: Dans un gouvernement idolâtrique, fondé sur la divinité de l'individu, ce point est grave. Je n'y insiste pas. On rirait, et rien n'est plus triste.—L'historien, le politique, le physiologiste et le cuisinier étudieront avec profit ce monument immense, 6 vol. in-folio d'une fine écriture: Ludovico-trophie, par Hérouard, médecin du roi, seigneur de Vaugrineuse (mss. Colbert, 2601-2606). J'en cite une seule journée, qui donne l'impression qu'eut l'enfant royal de la mort de son père:

«M. le Dauphin, l'ayant sceu, en pleura, et dit: Ha! si je y eusse esté avec mon espée, je l'eusse tué. Chacun se vint offrir à lui de la chambre de la royne.—Raisins de Corinthe et à l'eau de rose, asperges et salade, potage, hachis de chapon ... deux cornets d'oublies, quatre prunes de Brignolle, figues sèches, du pain bu de la ptisane, dragée de fenouil, puis mené, etc. Et chez lui à neuf heures: pissé jaune-paille, puis desvestu, mis au lit. Pouls solide, égal, pausé. Chaleur douce. Prié Dieu. Dit vouloir coucher avec M. de Souvré: «Pour ce qu'il me vient des songes.» La royne l'envoie quérir pour le faire coucher dans sa chambre...

«Le XV, esveillé à six heures et demie ... À sept heures un quart, levé, bon visage, guay, pissé jaune, peigné. Vestu d'un habillement bleu. À huit heures et demie, déjeuné, ne sceut mangé, beu de la ptisane. Il avoit du ressentiment, et si l'innocence de son asge lui donnoit par intervalles quelque gaieté. Mené à la messe. À neuf heures et demie, disné; raisins de Corinthe, asperges, salade, potage, chapon bouilli; pris un peu d'un gasteau feuilleté, bu du vin blanc ... Intrepidus

À ces notes curieuses sur le caractère de l'enfant royal, on peut joindre les lettres du nonce, qui font très-bien connaître la mère. Elles racontent, entre autres choses, les violentes scènes qui eurent lieu (en 1622), entre elle et le prélat Ruccellaï, un Italien qu'elle avait favorisé beaucoup, et qui avait été supplanté dans sa faveur par le jeune Richelieu. Pour obtenir de Louis XIII qu'il chasse Ruccellaï, elle soutient qu'il a fait semblant d'être amoureux d'elle; que, sous prétexte d'admirer ses dentelles, il s'est émancipé, etc. C'est la scène de Tartufe et d'Elmire, mais plus comique, la reine étant d'âge très-mur, très-lourde d'embonpoint. Tout cela est écrit en chiffres, comme le plus terrible mystère. (V. nos Archives, extraits du Vatican, Nonciatures, carton L, 389.)

[3]: Je reviendrai sur la casuistique et les couvents; et, quant à la sorcellerie, je donnerai mes sources et ma critique, quand le Diable expire à Loudun sous l'horreur et le ridicule.—Sur le tabac, V. la brochure de M. Larrieu et la lettre, si instructive que M. Ferdinand Denis a jointe à l'opuscule de M. Demersey (1854). Oviédo, Thévet, Cartier, Lérit, sont les premiers qui en fassent mention. Le Portugais Goes avait rapporté le tabac à Lisbonne; il le donna à notre ambassadeur Nicot, qui l'apporta en France comme une herbe propre à déterger et calmer les blessures. Elle fut présentée à Catherine de Médicis, qui accepta d'en être la marraine, et voulut bien qu'on l'appelât Catherinaire, ou Médicée. On a vu sa vogue déjà fatale en 1610. Le fisc s'en empara bientôt. Richelieu dit en 1625 (Lettres, II, 165) qu'on en apporte deux millions de livres, qu'on en déclare moins de la moitié, et que l'État peut en tirer par an quatre cent mille livres. Il a rapporté jusqu'à nous un milliard et demi. Mais qui calculerait ce qu'il nous a fait perdre par la vaine rêverie, l'inaction et l'énervation! C'est un secours pour le travailleur en plein air dans les lieux humides, pour le marin peut-être; mais pour tous les autres un fléau, une source de nombreuses maladies du cerveau, de la moelle et de la poitrine, d'une entre autres, la plus triste, de cracher toujours et partout.