[4]: Ce beau livre d'Ollivier, le Théâtre d'agriculture et ménage des champs, est beaucoup plus économique que patriarcal et philanthropique. Les journaliers n'y sont pas trop favorisés. Le seul conseil de mettre les deux tiers du domaine en forêts et prairies, s'il eût été suivi, eût considérablement réduit le travail des cultivateurs salariés.—Voir sur la condition des paysans le grand travail de M. Bonnemère, qui donne tous les textes, l'ingénieux ouvrage de M. Doniol, en les rapprochant de l'excellente histoire de l'administration de M. Chéruel, etc., etc. Ils font toucher au doigt comment la richesse, et la subsistance même, vont diminuant dans tout ce siècle. Quelle terrible distance des Œconomies de Sully au livre de Vauban, si triste, à ceux de Boisguillebert, si cruellement désespérés.

[5]: Cela est dur et peut paraître exagéré. Mais, en réalité, ils sont fréquemment contredits par ses lettres, par les écrits contemporains, par les faits même. C'est en réalité un très-long factum marqué souvent d'une grande hauteur de vues et de raison, mais calculé, pénible, artificieux, qui veut harmoniser pour la postérité une vie fort peu d'accord avec elle-même. On dit qu'au siége de la Rochelle, dans ce long blocus d'hiver où il se consumait, il commença à vouloir qu'on écrivît ses actes, c'est-à-dire qu'on les expliquât. C'est là sans doute l'origine des Mémoires, qu'il a inspirés, presque dictés, revus avec soin. Le premier point, c'était de faire croire qu'à son premier ministère, sous Concini, il était déjà anti-espagnol. Chose absolument impossible; les pièces de Simamar, citées par Capefigue, montrent que Concini et sa femme étaient intimes avec l'Espagne, ils venaient de faire le double mariage espagnol; la dépêche de Richelieu à Schomberg n'est qu'un leurre pour amuser les Allemands. Le second point, c'était d'éreinter la Vieuville, celui qui rappela Richelieu au ministère et que Richelieu fit chasser; c'était de lui ôter l'honneur d'avoir eu l'initiative d'une politique française. Le troisième point, c'est celui où il se donne l'honneur d'avoir voulu le siége de la Rochelle. Sans doute comme prêtre, comme controversiste, il haïssait les protestants; cela est sûr. Et il est sûr encore que ses instincts de gentilhomme et d'homme d'épée lui auraient fait désirer d'imiter les fameuses croisades de Ximenès, la conquête de Grenade, les exploits de Lépante. Tel fut le fond de sa nature. Mais son très-lumineux esprit (et dirai-je, son âme française) le firent vouloir, contre sa nature, l'alliance avec l'Angleterre, la Hollande, le Danemark et les protestants d'Allemagne, ce qui impliquait des ménagements pour les protestants de France. Les papiers de Bérulle, extraits par Tabaraud, montrent très-bien (et les offres continuelles de Richelieu aux protestants montrent encore mieux) qu'il leur fit, malgré lui, cette guerre demandée par Bérulle et tous nos Français espagnols, guerre qui détruisait ses projets, irritait l'Angleterre, la Hollande, ses alliés naturels. Tabaraud est précieux ici. Panégyriste de Bérulle, il prouve innocemment, mais prouve, que Bérulle eut l'honneur principal de cette énorme sottise, d'avoir travaillé, préparé la destruction de la Rochelle, l'amortissement des protestants qui eussent si bien servi contre l'Espagne. Le duc de Rohan put tirer quelque argent des Espagnols, et même en 1628, quand on le traqua avec ses armées, il fit un misérable et coupable traité avec l'Espagne. Mais, dans cette grande faute, il était seul ou presque seul, nullement suivi de son parti. Je parlerai plus tard de tout cela. Je dois l'ajourner, n'ayant pas encore le troisième volume des Lettres de Richelieu que publie M. Avenel. Excellent et rare éditeur. Son introduction est écrite dans une sage mesure que les biographes ne gardent presque jamais pour leur héros. Il dit très-bien que Richelieu, si actif au dehors, ne put faire réellement que peu de choses à l'intérieur, qu'il n'avait point d'entrailles, qu'il n'aimait point le peuple. Les notes, non moins judicieuses, par lesquelles M. Avenel éclaire et interprète les pièces, contiennent, outre les renseignements, de précieuses marques de critique. En 1626, par exemple, il observe sur la forme même des lettres de Richelieu, qu'alors il n'était pas maître encore, mais le premier entre les ministres, ce qui confirme ce que les papiers de Bérulle nous apprennent de l'importance qu'avait celui-ci et de la sourde lutte qu'il soutenait contre Richelieu à la cour, au conseil (par Marillac et autres).