Le mouvement emportait tout. L'Université et le Parlement avaient accusé les Jésuites; d'Épernon les appuya, allant à tous leurs sermons, et finit par dire: «Qui les attaque m'attaque.» Le Parlement se rejeta sur un livre du cardinal Bellarmin, qui faisait des rois les sujets de Rome. Le président dit que cela revenait à canoniser Ravaillac. Mais le roi fit défense expresse à son Parlement de soutenir les droits de la royauté et la sûreté des rois.
L'homme populaire du moment, c'était ce Condé (vrai ou faux). Popularité bien injuste. En caressant le Parlement et les huguenots, il n'en était pas moins le partisan avoué des Jésuites, le serviteur de l'Espagne dans l'affaire des deux mariages. On crut, fort à la légère, que Condé ou Soissons, son oncle, abandonnerait d'Épernon, et on laissa échapper contre celui-ci la voix du cachot, celle de cette dame d'Escoman qui s'était montrée si hardie à vouloir sauver Henri IV. Notre chroniqueur Lestoile est ici grand historien. On voit bien qu'il va mourir et qu'il a plus que jamais le respect de la vérité.
«Comme un de mes amis disait au président de Harlay que cette femme parlait sans preuves, ce bon homme levant les yeux, et les deux bras au ciel: «Il n'y en a que trop, dit-il, il n'y en a que trop! Et plût à Dieu que nous n'en vissions point tant!»
D'Épernon alla le voir et lui demander des nouvelles du procès: «Je ne suis pas votre rapporteur; je suis votre juge.» Il insista effrontément comme ami: «Je n'ai point d'amis.» D'Épernon ne cachait point qu'il voulait la mort de la d'Escoman.
Ce méchant homme avait pour maîtresse la plus méchante femme de France, une bourgeoise fort laide, d'un bec infernal, la Du Tillet. C'est celle que Tallemant admire et dont il ramasse l'ordure. On jeta cette femme à la d'Escoman, pour la dévorer de paroles. Moyen d'amuser le public, deux filles qui se chantent pouille, se jettent au nez leurs scandales, se gourment, se roulent. La d'Escoman, galante ou non, mais si dévouée, si courageuse, n'en reste pas moins à jamais un martyr de l'humanité.
D'Épernon se serait défait de Harlay de manière ou d'autre. Mais il avait quatre-vingts ans. On lui fit entendre qu'il devrait se retirer, vendre sa charge, ce qui serait un beau denier pour sa famille. Ce qui le décida aussi, c'est qu'il réfléchit que si on poussait la chose, si on déshonorait la reine, toute autorité périssait. Le 3 mars 1612, Harlay étant encore là, un étrange arrêt fut porté, qui ne déchargeait personne, mais qui, vu la qualité des accusés, ajournait tout, élargissait quelques subalternes, et ne retenait en prison que la d'Escoman, dont l'accusation subsistait, et qui, à ce titre, eût dû être d'abord élargie.
Harlay avait cru avoir pour successeur son ami de Thou, l'illustre historien. Mais la reine s'écria: «Non faro maj.» Harlay fut obligé de vendre à une âme damnée des Jésuites.
Paris jugea ce jugement. Lestoile dit tristement de la dame d'Escoman: «À se bander contre les grands pour le bien public, on ne gagne que coups de bâton.»
Ce gouvernement ne descendait pas, il se précipitait, tombait comme une pierre au fond d'un puits. Il était grand temps qu'il eût l'appui de l'Espagne. Le 30 avril 1612, Villeroy signa le double mariage et le traité de secours; l'Espagnol y promettait d'entrer au besoin avec une armée pour appuyer la reine. Le trône, isolé de tous, n'avait d'ami que l'ennemi.
Concini avait irrité à la fois les princes, les grands, les ministres mêmes. Un homme fort intrigant, ancien agent de Biron, le vieux de Luz, lui conseillait d'ôter la Bourgogne à Bellegarde. Les Guises, amis de Bellegarde et de d'Épernon, assassinèrent ce de Luz aux portes du Louvre. La reine se sentit insultée, eut l'idée de faire tuer les Guises et d'Épernon. Pour oser une telle chose, il fallait l'appui de Condé, et, pour l'obtenir, Concini voulait qu'on lui donnât le château de Bordeaux. Cela tourna la girouette. Elle s'emporta contre Condé, se donna toute aux Guises, leur fit don de cent mille écus, et le chevalier de Guise, qui avait tué de Luz, et tué encore son fils, eût de cette femme insensée la lieutenance de Provence. Bellegarde, première origine du débat, se fit donner les places des deux assassinés.