Loin d'apaiser, de tromper l'indignation de l'Angleterre, le roi la porta au comble en donnant au parti papiste un centre d'organisation. Il dota, maria de ses deniers, York, le chef des catholiques, avec une Française italienne, une nièce de Mazarin. L'hôtel d'York, dans Londres même, fut une France, fut une Rome, foyer d'intrigues audacieuses, si peu cachées, que les Jésuites y tinrent leurs assemblées solennelles qu'ils faisaient tous les trois ans.

Il n'y eut jamais rien de si fou. Par cette série de sottises, de tyrannies exercées sur son valet Charles II, on peut dire que le roi de France l'étrangla de ses propres mains. Dès 1673, il est détruit, ruiné, se remet pieds et poings liés au Parlement, qui fait le procès des ministres, la paix avec la Hollande. Le renversement des Stuarts est déjà tout préparé, la révolution semble mûre. Un chef manque. Ayez patience. Voilà Guillaume d'Orange.

Encore une fois, l'activité de ce gouvernement, le mérite de ses agents, l'intérêt de leurs dépêches, les apparences judicieuses que leur aimable parlage donne aux choses les plus insensées ne peuvent faire illusion. Il est trop visible que c'est un gouvernement d'imagination, romanesque et passionné, qui ne prévit rien, ne mesura pas ses ressources. La guerre a commencé en 1672. Dès l'hiver on n'en peut plus. On est obligé, pour avoir des troupes, de rappeler peu à peu les garnisons de la Hollande. On se jette en Allemagne. L'armée n'emporte rien; Louvois ne nourrit point Turenne. Le voilà, dès le début de la guerre, dans la pénurie, dans les horreurs qui marquèrent la guerre de Trente ans. Nous retournons aux Waldstein. L'Europe reconnaît et frémit.

Le roi recule rapidement. Notons les degrés de la reculade.

Dès avril 1673, il se réduit à ce que les Hollandais offrirent et qu'il refusa. Mais alors, ils ne l'offrent plus.

En juin, se croyant relevé parce qu'il a de sa personne (sous la direction de Vauban) pris l'importante Maëstricht, il croit que l'on va céder; il veut bien se réduire encore, rendre Nimègue. Les Hollandais n'en veulent pas. Ils sont vainqueurs: en juin même, Ruyter a battu nos flottes, coupé le chemin à l'armée qu'on voulait jeter sur la côte; le plan de descente est dès lors pour toujours abandonné.

En septembre enfin, le roi croit calmer les Hollandais en ne gardant que les villes qu'il a prises aux Espagnols, Ypres, Saint-Omer, Cambrai. Mais la Hollande défend l'Espagne comme elle-même, ne veut rien entendre.

En Allemagne, la question est si violemment retournée que, dans cette guerre que le roi avait lui-même déclarée religieuse et catholique, ce ne sont plus seulement les protestants qui combattent, mais la catholique Espagne et la catholique Autriche. Le Jésuite Léopold s'en va au pèlerinage fameux de Maria-Zell pour prier contre Louis XIV. Il prend en main le crucifix, prêche son armée contre la France. La croisade que Louis ouvrit, elle se fait contre lui-même.

On peut dire qu'il fit un miracle, l'amalgame des plus opposés, la suppression des vieilles haines, éteintes par une haine plus forte. Le général de l'Autriche, Montecuculli, opère sa jonction avec le prince d'Orange. Le prince des calvinistes, petit-fils du Taciturne, devient général en chef des armées du roi Catholique, défenseur de la monarchie espagnole. Le voilà maître du Rhin, maître des communications entre la Hollande, les Pays-Bas et l'Allemagne.

Il fallut bien que Louis XIV, impuissant contre la Hollande, revînt à sa première politique, la spoliation plus facile de la vieille ruine espagnole, la guerre de catholiques contre catholiques. Singulier revirement. Il s'adresse aux protestants. Il caresse la Hollande, veut gagner le prince d'Orange. Il va, derrière l'Empire, encourager, tromper les Hongrois calvinistes; il les compromet par l'espoir des secours qu'il ne donne point. Tout le secours fut une médaille où il s'intitule le Libérateur des Hongrois. En Angleterre, il paye l'opposition du Parlement et les chefs mêmes des puritains contre Charles II, pour que celui-ci, dans le désespoir, n'ait de ressource qu'en lui, soit décidément forcé de trahir et d'appeler l'ennemi.