La douane a tué le commerce étranger. Nul marchand n'ose plus se mettre aux mains d'un receveur qui lui fait un procès, s'il veut, et n'est jugé que par des juges à lui.

Ainsi le peuple, ainsi Colbert, restèrent les misérables serfs des financiers, des fermiers généraux, des traitants, partisans, plus puissants que le roi.

Colbert, à son début, avait eu le bonheur d'en pendre quelques-uns.

En vain. Ils durèrent et fleurirent, et, vers la fin, ils l'étranglèrent,—bien plus, ils firent maudire son nom.

Sous Mazarin, c'était le chaos absolu. C'est, sous Colbert, un ordre relatif.

Les vieux abus subsistent, mais avec la force odieuse de l'ordre, que leur prête un gouvernement établi.

Sous Mazarin, la France misérable, en guenilles, buvait encore du vin; mais, sous Colbert, de l'eau.

Les progrès sont des maux. Sous lui, les fermes générales ne sont plus données à la faveur, mais à l'encan, au plus offrant, et elles rapportent davantage. Oui, mais à condition qu'on permette aux fermiers les rigueurs terribles qui font de la perception une guerre.

Dans son mortel effort, Colbert agit ainsi contre lui-même. Elle lui échappe, quoi qu'il fasse, cette France qu'il voulait guérir, travaillée des recors, mangée des garnisaires, expropriée, vendue, exécutée.

L'immense malédiction sous laquelle il mourait, le troubla à son lit de mort. Une lettre du roi lui vint, et il ne voulut pas la lire: