Cette sottise de la Révocation avait été parée de faux prétextes d'une grande sagesse politique. Nous devions obtenir par là une belle et puissante unité. On avait suivi à la lettre le précepte de Molière: «À votre place, je me crèverais cet œil; vous y verriez bien mieux de l'autre.» Pendant vingt-cinq ans, les évêques, d'assemblée en assemblée, ont demandé, peu à peu obtenu la mutilation de la France. Oh! que la voilà belle, allégée de 500,000 hommes!—Attendez, il manque une chose! Plus clairvoyants que les évêques, les Jésuites, dans l'œil qui lui reste, voient une paille, le jansénisme, tourmentent le malade pour l'arracher. Voilà qu'il agonise. Encore un peu, ils n'auront plus qu'un mort.
Ce qui saisit dans cette fin lamentable de 1715, c'est que, non-seulement toute la vieille machine (royauté, clergé et noblesse) s'enfonce et presque disparaît, mais l'ordre, même extérieur, l'administration, vraie gloire de ce règne, n'existe plus, à proprement parler. La bureaucratie est paralysée, la comptabilité périt. Le gouvernement effaré ne peut même plus se rendre compte de ses fautes.
Dans tout ceci éclate le contraste et la lutte de deux choses qu'on aime trop à confondre dans l'idée complexe de la centralisation royale: le gouvernement personnel et l'administration. C'est justement le premier qui tue l'autre. Colbert, Louvois, malmenés par le roi et minés par la ligue des courtisans et des dévots, meurent à la peine, et avec eux l'ordre même. Au gouvernement personnel, ils avaient prêté le beau masque et la couverture secourable d'une certaine régularité administrative qui faisait illusion. Ces commis-rois faisaient obstacle au roi, empêchaient ce gouvernement d'apparaître dans sa vérité. Quitte enfin d'eux, la royauté se révéla, fut elle-même. Libre, Louis XIV en donna le vrai type, la forme pure. Il put descendre en pleine majesté ce superbe Niagara de la banqueroute, du plus profond chaos, de l'écrasant naufrage.
La France ne fut pas sauvée, comme on l'a dit, mais roulée et brisée. Elle enfonça, disparut. Et, si elle revint, ce fut en tel état que, jusqu'à la Révolution, le monde entier jura qu'elle n'était jamais revenue.
FIN DU TOME SEIZIÈME
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER Pages.
- Chute de Louvois.—Cour de Saint-Germain. 1689. [1]
CHAPITRE II
- Chute de Louvois.—Saint-Cyr.—Esther. 1689 [11]