Ces prêtres ont sur les religieuses une prise qu'ils n'avaient nullement aux temps indécents d'Henri IV. Ils en sont très-jaloux. Malheur à elles si elles s'écartent du côté des mondains. Ainsi, l'abbé de Clairvaux, blessé des légèretés de la prieure de l'Abbaye-aux-Bois, osa réclamer sur elle son droit de supérieur. Ce droit, au Moyen âge, aurait été atroce, la peine même de l'épouse infidèle: on la mettait in pace, et le mari ou le père spirituel y entrait une fois par jour pour la discipliner. Au XVIIe siècle, plus doux, le père spirituel se contentait d'une correction donnée en secret et dans la cellule. Mais cette dame, à la tête d'une maison brillante du faubourg Saint-Germain, dont le parloir était sans doute un centre de société, fut révoltée dans sa fierté. Elle n'avala pas la chose, comme le faisaient les autres. Alors, il éclata et exigea que tout se fit en public, qu'elle fût châtiée devant ses religieuses. Elle recourut au roi, qui craignit le scandale.

Il prit un moyen terme, bien fâcheux pour la pauvre dame. Ce fut de sauver seulement «l'honneur de la maison,» en cachant tout, défendant la honte publique. Point de bruit et point de lumière. Mais on la remet au supérieur, qui la tiendra dans un couvent de l'ordre. Dur, cruel abandon! Une fois là, perdue et oubliée, qu'en fera-t-il? Ne va-t-il pas lui faire expier longuement la prétendue grâce du roi? (Corresp. adm., IV., 186; 9 oct. 1692.)

Les Mémoires trop peu lus de l'abbé Legendre (Magasin de librairie) et de l'abbé Blache (Revue rétrosp., 1833, t. I, II, III) donnent les faits les plus curieux sur la pourriture de l'Église, ses mœurs effrénées et barbares. On voit les lazaristes à Saint-Lazare, comme aux galères, user du nerf de bœuf à mort! On voit l'avilissement public de l'archevêque Harlay, que le peuple poursuit et hue la nuit par les rues et par les ruisseaux. Il va des duchesses aux grisettes, donne à une petite chanteuse, apprentie couturière, seize mille livres de rentes en biens d'Église. Voilà le premier prélat de France, le chef des fameuses Assemblées du clergé, exemple et surveillant des mœurs des prêtres. Aussi elles ne sont pas bonnes. Ils se déguisent en cavaliers, courent les Anglaises ou Irlandaises réfugiées. (Corresp. adm.)

Les notes du lieutenant de police sur Bicêtre ne nomment presque que des prêtres, et tellement immondes qu'on ne peut les tenir qu'en loges, comme des fous ou des bêtes sauvages: «François Laire, âgé de 40 ans, prestre du diocèse de Bayeux, impie et scandaleux, abominable, qui faisoit des pactes avec le diable et qu'on ne peut entendre sans horreur, tant il est impénitent et endurci;—Jean-François du Rollet..., âgé de 50 ans, prestre qui se mesloit d'invocations sataniques. On assure que parmi tous les scélérats que l'autorité du Roy retient à Bicestre, il n'y en a point de si dangereux que celui-là. Aussi a-t-on été obligé de le mettre dans une chambre à part, à cause de la corruption de ses mœurs...—Jean-Ant. Poujard, récollet apostat, séditieux, impie, capable des plus grands crimes, sodomite, athée si on peut l'estre; enfin c'est un véritable monstre d'abomination qu'il y auroit moins d'inconvénients à étouffer qu'à laisser libre... Mis en liberté le 10 octobre 1715.—Jacques de Bret, hermitte de Montmorency, mendiant, libertin de mauvaises mœurs, qui a souvent fait servir les choses sacrées à ses abominations et à ses désordres.—Jean Lemaire, âgé de 30 ans, religieux qui ne sauroit estre trop caché pour l'honneur de la religion.—Innocent Thibault, âgé de 64 ans, prostituoit les filles à des prestres et à des religieux, etc.»

NOTE DERNIÈRE DU RÈGNE DE LOUIS XIV.

Nous achevons les soixante-douze années du règne de Louis XIV.

Pénible étude, mais vraiment instructive.

Ce n'est pas seulement le plus long règne de l'histoire, c'est le plus important, comme type et légende du gouvernement monarchique. L'Europe l'a accepté ainsi. Elle n'a point du tout accepté les glorieuses tyrannies militaires qui ont pu suivre. Elle n'y a vu qu'un accident sinistre. Mais Louis XIV est la règle, le roi des honnêtes gens.

Le bien, le mal, le pire, on a tout imité de lui. Il est le vrai et le complet miroir où tous les rois ont regardé. Ils ont copié servilement sa cour, son administration, ses fautes surtout. La France même de 93 lui a volé les lois de la Terreur et le régime des suspects.

Donc, tout ce que l'on sait de lui a une portée fort générale, au delà de son temps, de son individualité. Il nous apprend au précédent volume comment la royauté politique et religieuse (celle de Louis XIV fut tout cela) n'atteint son idéal qu'en se faisant les plus cruelles blessures.