J'y suis fort incomplet. Pour la seconde, on trouve un excellent tableau de l'administration de Louvois dans l'histoire de M. Henri Martin (si utile et si instructive), ainsi que dans l'ouvrage exact et très-bien fait de M. Chéruel.
Page 51, etc. Sur l'affaire de la Hogue et de la marine de ce temps en général, les pièces publiées par Eugène Sue sont certainement la source principale. Elles font toucher au doigt les jalousies, la tyrannie des bureaux, etc. Mais il est loin de savoir tout. Macaulay donne le point capital qui réduit la gloire des Anglais: le désastre et l'incendie des vaisseaux n'auraient pas eu lieu si Tourville, organe fidèle du corps orgueilleux de la marine, n'eût refusé le secours de nos troupes de terre.—Sur l'imprévoyance générale, la mauvaise qualité de la poudre, etc., l'intendant Foucault fournit de précieux renseignements. M. Baudry, qui publie ce manuscrit, a bien voulu me le communiquer.—V. aussi le très-important récit de Villette et Richer, Vie de Tourville, etc., etc.—Sur les galères, V. M. Brun, Histoire du port de Toulon, 1860, et l'Étude, de M. Laforêt. La barbarie de Seignelay, qui fit servir les galères dans l'Océan, est immortalisée par le livre d'un saint, l'admirable forçat Marteilhe, qui n'est pas réimprimé! (chose honteuse pour les protestants!)—Dans une note manuscrite que M. Brun veut bien me communiquer, je trouve le désolant tableau de la ruine de notre marine, de l'abandon de l'Arsenal par les ouvriers qui ne sont plus payés, du délabrement des vaisseaux non réparés dont on vend le bois, etc.
NOTE VII.—DÉBÂCLE DE LA NOBLESSE ET DU CLERGÉ.
La noblesse de ces temps est un vrai carnaval. Ses familles fictives ne se perpétuent qu'en prenant les noms des femmes, des collatéraux, etc. (Voir Benoiston de Châteauneuf, Annales d'hygiène, 1846, t. XXXV, p. 25). Blanchefort se fait Créqui; Vignerot se fait Richelieu, Champagne se fait Sully; Crussol et Chabot deviennent Uzès et Rohan; Précigny devient Montausier, etc.
Jusqu'en 1687 (observe très-bien Lémontey; 336), Louis XIV récompensait les services militaires des laïcs par des bénéfices, des pensions sur les évêchés, etc.; mais depuis il donne les évêchés, les abbayes, aux petits garçons des grandes familles. (Voir le pitoyable résultat dans Legendre.)
On ne comprendra rien aux mœurs du clergé, ni aux mœurs de ce temps en général, si l'on reste dans les hauteurs, si l'on n'a l'œil ouvert à ce qui se passe en bas, sous cette société décrépite, mais encore un peu élégante, un peu dorée en dessus. Cent choses honteuses ont lieu dans les caves et dans les égouts. La grande occupation du roi est de couvrir ces laideurs, ces misères, de maintenir quelque décence, d'empêcher la lumière qui perce, de fermer et boucher les trous.
Les Archives du Vatican, dont les nôtres possèdent de curieux extraits, apprennent beaucoup sur tout cela, non-seulement pour l'Italie, mais pour la France. Quelque déchue que fût Rome, une foule de plaintes y arrivaient, de pauvres diables, décidément perdus, désespérés, qui, ayant tout épuisé, s'adressaient au diable ou au pape. C'est un gémissement immense de toutes les prisons de l'Europe, mais des nôtres surtout. Exemple: Des forçats catholiques de nos galères écrivent au pape que depuis dix ans, vingt ans, trente ans, ils ont fini leur peine, et qu'on les retient pour ramer jusqu'à la mort; que leurs aumôniers (les Lazaristes, les gens de saint Vincent de Paul) ne font rien pour eux que les persécuter. Remarquable confirmation des plaintes du protestant Marteilhe.—Mais le plus effrayant, c'est la multitude infinie des plaintes que font au pape les ecclésiastiques eux-mêmes. Les moines poussent des cris douloureux. On sent que la vie monastique devient tout à fait impossible. Un capucin de Dijon, qui a prêché la réforme de son ordre, écrit au pape que ses supérieurs vont le mettre in pace pour le reste de ses jours, comme ils y ont mis un autre capucin qui avait été à Rome demander protection. Un Jésuite, réduit au désespoir, écrit au pape pour la troisième fois; il en appelle des mauvais traitements de son général Oliva. On voit que ce galant et voluptueux Oliva, dont on a vanté la douceur, n'était pas moins terrible pour les simples religieux.
Ces lettres, adressées à Rome et au pape, sont pleines des crimes de Rome. Un Polonais écrit que le secrétaire du nonce vient de violer sa fille. Un Espagnol écrit que la papauté doit attendre, «si elle ne se réforme, un horrible jugement de Dieu.» Il a vu, à Rome même, les prêtres user de toutes les religieuses, publiquement et comme en mariage. Un pauvre Turc écrit qu'il a été racheté des galères de Malte par les aumônes des mosquées, que les chevaliers ont reçu l'argent, et ne l'en ont pas moins donné au pape pour servir comme forçat sur les galères de l'Église. (Archives de France, Extraits des Archives secrètes du Vatican, carton L, 384, 387.)
Le clergé de France était plus prudent, et plusieurs ont cru qu'il était régulier. En réalité, nos Françaises, étant moins que les Italiennes asservies au plaisir passif, éclataient en scandales, grossesses, etc. Sous Richelieu, les Jésuites français organisèrent l'hypocrisie. On fit des grilles et des murs aux couvents. Clôture fort illusoire, qui, en excluant les mondains, n'existe qu'au profit des prêtres. Le directeur entre, et même dans chaque cellule. (Voy. l'affaire de Louviers, celle de la Cadière, etc.) Le vicaire général et autres dignitaires entrent pour inspection. L'aumônier entre, pour dire la messe; avant, après, pour préparer et ranger, il reste avec une jeune religieuse de son choix (la sacristine). Chose curieuse: c'est justement depuis les réformes décentes du XVIIe siècle que nos couvents se ferment aux médecins. Les religieuses ne les appellent guère. Elles sont médecins entre elles. Madame de Maintenon, qui prévoit tout et sait que les demoiselles de Saint-Cyr seront la plupart religieuses, ordonne expressément qu'elles sachent saigner et faire un peu de médecine.
Il faut songer qu'alors un peuple immense de femmes entre au couvent (par les quatre cents confréries du Sacré-Cœur, créées subitement aux dernières années de Louis XIV). Il faut songer que l'heureuse équivoque de ce culte nouveau, si favorable aux séductions ecclésiastiques, dispense le supérieur, le directeur, le confesseur, de tous les moyens d'autrefois.