Si quelqu'un l'eût pu faire revivre, c'était M. Peyrat, l'illustre historien du Désert. Son livre a un mérite unique que les contemporains eux-mêmes n'ont point, c'est qu'il donne le sol, le paysage et la nature où le combat se passe. Il vit du souffle même et du génie de la contrée. Cela éclaire beaucoup de choses. Et cependant il reste de l'obscurité sur l'ensemble. Voici comment il m'apparaît:

La chose fut absolument démocratique et populaire. Les nobles n'y prirent aucune part.—Elle fut nationale. Les Cévennes ne reçurent aucun secours de l'étranger.

La guerre réellement, dans sa violence, ne dura que deux ans et demi, de juillet 1702 à décembre 1704. Et dans sa courte durée, elle compta trois générations de héros.

Ils m'aident à donner la formule qui la résume:

1o Les exterminateurs, le forgeron Laporte et le cardeur Séguier, nommé l'Esprit, l'homme des représailles qui rend au clergé supplice pour supplice;

2o L'organisateur, le beau, noble, généreux Roland, où l'insurrection eut son idéal. Il y eut ici fanatisme, mais grand, lucide et sage, l'organisation dans l'Esprit;

3o Les guerriers qui ne furent que cela, le trop célèbre Cavalier, garçon de dix-huit ans; un boulanger d'Anduse, qui avait été à Genève, instruit, rusé, vaillant, qui se révéla capitaine sur le champ de bataille. Ce favori des foules, petit, fort et trapu, avec une grosse tête blonde, leur apparut David, vainqueur de Goliath. Il fut juste assez fanatique pour se servir du fanatisme, l'abandonner à temps. Je l'appelle la guerre, moins l'Esprit.

Nulle part la France n'est plus grande, plus terrible. Il n'y eut jamais plus de trois mille insurgés, et Roland n'en voulait pas plus; il n'acceptait que des hommes solides.

Or, avec ces trois mille, ils allaient et venaient à travers quatre diocèses, et ils eurent un moment affaire à plus de cent mille hommes (en comptant les milices). On envoya contre eux un maréchal de France, et finalement Villars.

Ces pâtres, ces tisserands, qui n'avaient jamais vu le feu, s'y trouvèrent dans leur élément, superbes sur le champ de bataille. Combien plus sur les échafauds! Les bourreaux étaient consternés! Le grand Séguier fit peur à tout le monde quand on le jugea. «Comment devrait-on vous traiter?—Comme je t'aurais traité toi-même.—On vous appelait l'Esprit?—Sans doute. Car l'Esprit est en moi.—Votre domicile?—Au Désert, au ciel.—Demandez pardon au roi.—Le roi, c'est l'Éternel.»—On lui apprit qu'il aurait le poing coupé et serait brûlé vif; on lui dit de se repentir. À quoi il répondit: «Mon âme est un jardin d'ombrages et de fontaines.»