Fénelon va si loin dans son zèle pour la qualité qu'il veut qu'on préfère les nobles, non-seulement pour les grades militaires, mais pour les fonctions judiciaires, qu'on retourne au Moyen âge, aux juges d'épée. Défense à la noblesse de se mésallier par des mariages bourgeois.
Ce qui surprend un peu dans les idées de ces gens, honnêtes pourtant, c'est leur parfait accord pour la banqueroute. Le prêt à intérêt est un péché défendu par l'Église. Ceux qui ont prêté à l'État ont péché, doivent expier. Fénelon ne les rembourse qu'au trentième denier! Saint-Simon veut qu'on ne paye rien à cette canaille. L'horreur qu'on a pour les traitants, on l'étend au peuple immense, infortuné, des petits créanciers de l'État, vieillards, orphelins, pauvres veuves, qui ont là leurs dernières ressources, leurs petites économies.
Autre vœu: Exterminer le jansénisme par une condamnation de Rome: on déposera les évêques, on destituera les docteurs, professeurs, confesseurs qui ne souscriront pas. Il est bien ridicule, après ceci, de parler de la tolérance de Fénelon, d'après ses premiers ouvrages théoriques. Il faut consulter sa pratique, surtout sa ligue avec Tellier.
Saint-Simon, ami des jésuites, et qui en même temps se croit gallican, dans son vertige éloquent et confus, veut nous persuader que le duc de Bourgogne, vers la fin, fut impartial, du moins tâcha de l'être; qu'il eût échappé aux Jésuites; que, nommé par le roi médiateur dans leur querelle, il penchait pour Noailles;—qu'enfin, quand on surprit les lettres toutes faites que Tellier envoyait signer aux évêques, il se fût écrié: «Oh! s'il en est ainsi, il faut chasser le P. Tellier!»
Autre assertion de Saint-Simon. On surprit, on força le consentement du pape. Il refusa jusqu'à la fin la Bulle de proscription. On la placarda malgré lui, etc.
Tout cela n'a guère de vraisemblance. On veut maladroitement laver le pape et le jeune prince. Mais la bulle fut demandée par le roi en décembre 1711, lorsque le duc de Bourgogne était à l'apogée de son influence. Elle ne fut point une surprise. Elle contenait ce que les Jésuites avaient souvent formulé, ce qu'ils sollicitaient depuis cent ans. Le pape hésita de leur donner pleine victoire. Mais comment n'eût-il pas cédé? Le roi lui demandait de décider contre les rois.
Fénelon, l'homme de la Bulle, son violent défenseur, n'était qu'une âme avec le duc de Bourgogne. Et le dernier écrit de celui-ci, inspiré de son maître, est contre les jansénistes, pour les Jésuites et pour le pape.
Il faut ouvrir les yeux, ne pas faire sottement des héros d'humanité contre l'histoire. Le premier acte qui signala l'influence du jeune Dauphin au moment où il eut ce titre, fut un acte de persécution. On ferma aux protestants le commerce, l'unique carrière qui leur restait, en leur défendant de vendre même des biens meubles (17 mai 1711). Cela manquait encore à la Révocation, que le duc de Bourgogne appelle «une conduite modérée.»
Le vieux tigre Basville, trop longtemps inactif, se rafraîchit d'un nouveau sang. L'affaire de Marcilly (v. 1668) se renouvelle (avril 1711). Un camisard du nom de Saint-Julien passait en Languedoc les aumônes de Hollande. En ce moment, il y retournait, il partait de Genève. Basville dépêcha un officier et des soldats qui, sans respect pour la neutralité suisse, ni pour l'État de Berne dont dépendait le lac, l'enleva sur l'eau au passage, le mena à Basville qui, en un tour de main, le jugea, le fit rompre vif.
Répétons-le. C'est sous l'influence du duc de Bourgogne, de Beauvilliers, de Fénelon, que fut demandée au pape la Bulle de proscription contre les jansénistes. On en parle toujours trop tard, longtemps après la mort du jeune prince. Il faut la replacer au moment où on l'exigea, en décembre 1711.