Rien d'étonnant, puisqu'en la même année on recommençait à poursuivre aussi les protestants, à surprendre, à sabrer les pacifiques assemblées du désert.

«Quoi! ces hommes si doux firent cela?» Ils y forcèrent leur cœur, voulant à tout prix rétablir, sauver l'unité de l'Église.

Telle était la situation lorsque tous ceux qui espéraient tant du duc de Bourgogne furent cruellement frappés.

Une fièvre pourprée l'emporta, lui et sa charmante femme (février 1712). La cour fut à la lettre comme assommée du coup. Cent cinquante ans après, on pleure encore en lisant les pages navrantes où Saint-Simon a dit son deuil.

En réalité, quelque ombre que jette sur ce caractère sa bigote intolérance, on ne condamnera pas entièrement la faveur unanime dont les opinions diverses l'ont entourée. On doit considérer sa naissance, son éducation, la cour où il vécut, le mur insurmontable dont furent entourés son esprit ami du vrai, son âme sympathique. Pouvait-il déduire des abus la nécessité de l'égalité? Lui-même était abus, était clergé, noblesse. Il était né justement identique à ce qu'il eût fallu changer.

Donnez un point d'appui, un levier; je soulève un monde. Il n'eut ni appui, ni levier, et il était dans ce monde même qu'il s'agissait d'ébranler de sa base. Pardonnons-lui et comptons-lui sa droite intention, sa vie pure, l'amour du devoir, le désir du bonheur des hommes. Il fit peu, mais voulut... L'histoire est désarmée.

Elle est et restera attendrie de sa mémoire.

Il faut pourtant noter deux choses. Le duc de Bourgogne, impopulaire en 1708, fut-il tout à coup populaire au point qu'on dit? Cela s'est si souvent répété qu'on le dit toujours. En remontant aux sources, on ne trouve pour preuves que des témoignages de cour. Versailles pleura le prince, qu'il trouvait accompli, l'idéal de la cour dévote.

Je doute que la France ruinée ait cru si fortement à ce prochain miracle de l'Âge d'or. Je doute que Paris (déjà tout Régence en dessous) ait eu impatience de voir s'ouvrir un règne intolérant, ennemi de la libre pensée.

Autre chose peu remarquée, c'est que le bon souvenir que lui garda la France, le culte que l'on eut pour son maître, revendiqué également par les philosophes et les dévots, enfin la légende arrangée de Fénelon et du duc de Bourgogne, fut, au XVIIIe siècle, un des plus solides obstacles à la réforme des abus. Les œuvres imprimées de l'un et les papiers secrets de l'autre, lus du Régent, de Louis XV, de son fils le Dauphin, surtout de Louis XVI, fixèrent leur opinion sur plusieurs points très-graves, la resserrèrent et la circonscrirent.