- Fin de Dubois et du Régent. 1722-1723 [363]
- Bassesse et faiblesse du gouvernement.—Terreur du règne imminent de M. le Duc [364]
- L'Angleterre consolide Dubois en obtenant qu'il soit premier ministre, avec tous les pouvoirs de Richelieu et Mazarin [366]
- Dubois perd l'espoir d'influer en Espagne par la fille du Régent [367]
- Cruauté de la Farnèse pour la jeune Française [368]
- Dubois, faible et isolé, forcé de sacrifier ses agents les plus sûrs à M. le Duc [370]
- Son désespoir et sa mort, 10 août 1723 [375]
- Le Régent sans ressources.—Sa mort, 2 décembre [378]
CHAPITRE XXV
- Montesquieu.—Lettres persanes. 1721.—Voltaire, Henriade. 1723 [382]
- Barbarie religieuse de l'Europe, auto-da-fé d'Espagne, massacre de Thorn, etc. [384]
- Humanisation de la France par la ruine du dogme inhumain [385]
- Le cœur tendre et doux de Voltaire.—Son faible poème, alors très-hardi [386]
- Douceur et humanité de Montesquieu.—D'autant plus terrible au passé [387]
- Il part de l'écart absolu, ne compose pas, comme l'abbé de Saint-Pierre, avec le vieux monde [389]
- Solitaire en pleine foule, émancipé par les sciences, les législations comparées, la lecture des voyages [390]
- Hauteur de son point de vue [394]
- Légèreté et désordre apparents de son livre, très-profondément calculé [395]
- Sa prédiction de la mort prochaine du catholicisme [396]
Paris.—Imprimerie Moderne (Barthier, dr), rue J.-J.-Rousseau, 61.
Note 1: Noailles a été trop maltraité par Saint-Simon. Ses idées étaient praticables. L'expulsion des Jésuites, le lendemain de la mort de Louis XIV, eût été populaire, facile (autant qu'elle l'avait été en Sicile au duc de Savoie). Elle eût terrifié le parti jésuite, le duc du Maine. Le rappel des protestants eût été plus difficile, parce qu'ils avaient contre eux, non-seulement les Jésuites, mais les jansénistes, le cardinal de Noailles (ms. Buvat, janvier 1716). Néanmoins, dans l'extrême détresse où on était, lorsque 1,500 personnes mouraient de faim dans une seule paroisse, Saint-Sulpice (ibidem), on eût trouvé fort bon que l'émigration protestante rapportât ses capitaux, ses nombreuses et si utiles industries.
Il est certain qu'à ce moment, la Régence fut admirable d'élan, de bonnes intentions, de réformes utiles, dont plusieurs sont restées (exemple, la comptabilité régulière, la suppression d'une foule d'offices, etc.). Les fautes, les vices du Régent, sont bien moins excusables que la situation dont il hérite. V. Noailles, Forbonnais, Bailly, mais surtout M. Doniol, qui a formulé parfaitement que nul remède ne suffisait dans la situation sans issue que laissait Louis XIV.[Retour au texte principal.]
Note 2: Il baisse infiniment à la mort de Louis XIV. Il est décidément déplacé, désorienté dans le monde nouveau, et il devient de plus en plus absurde. Il est d'amitié pour le Régent, de principe pour le roi d'Espagne. Il avoue que si celui-ci entrait en France, il quitterait le Régent.—Il ne veut pas qu'on chasse les Jésuites, et il demande les États généraux que demande le parti jésuite pour faire sauter le Régent. Étrange ami de la Régence qui s'oppose à tout ce qui pourrait la soutenir, par exemple, au rappel des protestants qui auraient rapporté leurs capitaux, leur industrie.—Il est honnête, et cependant il dévie un peu en pratique. C'est, je crois, ce qui le rend de si mauvaise humeur. Il nomme Tellier un scélérat, et il est son ami; d'Effiat, un scélérat et il le sert, la duchesse de Berry un monstre, et il lui laisse madame de Saint-Simon. Il déplore le pillage du Système, résiste, finit par accepter. Comment ne serait-il pas furieux contre le temps, contre lui-même?—Il omet, sciemment, je crois, des faits très-importants, non-seulement l'amour, si public, du Régent pour sa fille, mais l'infamie des petits Villeroi (août 1722), mais les vols de M. le Duc, la pension énorme que Dubois payait à madame de Prie. Il embrouille l'affaire de Leblanc et Bellisle.—Vers la fin, on était si embarrassé de Saint-Simon, de son humeur, de ses spropositi, qu'on le tenait en quarantaine, tout à fait isolé, sans lui rien dire. Il ne sait pas combien il est alors un personnage comique. On s'en amuse. On le consulte sur des choses résolues d'avance (comme l'enlèvement de Villeroi, le ministère de Dubois). Le Régent a la malice et la patience de l'écouter là-dessus pendant des heures quand tout est décidé sans lui.[Retour au texte principal.]
Note 3: À la page 45, j'ai fait remarquer que, dès 1665, on avait proposé à Colbert la taille réelle et proportionnelle. Un certain Charles, élu de Meaux, avait formulé cette proposition, en insistant sur le point essentiel: Que chacun des trois États y doit contribuer. «Il est constant, dit-il, que le clergé et la noblesse, qui possèdent plus des trois quarts du bien de France, ne contribuent comme rien au regard du Tiers Estat, qui porte toute la charge et n'a plus pour partage que la misère.» (Lettre communiquée par M. Margry, archiviste de la marine.)
Sur l'Angleterre, sa banque, etc., je suis Bolingbroke, Mahon, Smolett, Pebrer, Macaulay, etc.
Fallait-il se rallier à l'Angleterre ou à l'Espagne? Belle question; elle est ridicule à poser. L'Espagne d'alors fait horreur. Les Italiens qui la gouvernent, Alberoni, la reine, viennent de relever l'Inquisition, que madame des Ursins voulait abaisser. Comment n'a-t-on pas vu cela? Comment a-t-on pris Alberoni pour le restaurateur de l'Espagne, lui qui l'éreinte, la jette dans mille aventures impossibles? Comment prend-on Philippe V pour un Français? Il regrettait, il est vrai, la France, mais il était en même temps plus Espagne que l'Espagne même. Sous lui, 14,000 victimes revêtirent le san-benito et furent suppliciées de diverses manières (sur lesquelles deux mille trois cent quarante-six furent brûlées vives). Voir Llorente, t. IV, p. 28; Coxe, t. III, ch. XXXI, p. 6.—Lemontey (t. I, 432, note) observe que ce chiffre énorme semblera trop faible si l'on consulte (aux Affaires étrangères) les dépêches de notre ambassadeur Maulévrier. Il donne un nombre supérieur relativement, un nombre épouvantable pour sept villes et quatre années seulement.