Folie, fortune, ces mots vont bien ensemble. Éole engendra ces deux sœurs.

Chacun a lu les pages scintillantes où Montesquieu admire le puissant fils d'Éole, qui sut si bien souffler. Mais personne, je crois, n'a remarqué que Watteau, bien avant les Lettres persanes, avait dit tout cela, et mieux.

Dans une admirable arabesque, le dieu de l'air, aux ailes de zéphyr, vient amoureusement couronner un objet charmant, qui, sur d'épais coussins (par le procédé de Virgile), conçoit de l'air, et déjà gonfle. Quel en sera le fruit? aérien? direz-vous.

Non, dans l'arabesque voisine, le fruit fleurit, une vraie rose, une beauté voluptueuse, la Folie. Pour la première fois, la Folie costumée décemment, richement, et l'on dirait en reine, la Folie fraîche et grasse (ce que n'a fait nul peintre), comme fut la fille du Régent.[Retour à la Table des Matières]

CHAPITRE V

ALBERONI ET CHARLES XII—DÉFAITE D'ALBERONI—LA PAIX DU MONDE
1718.

La forte laideur de Dubois, c'est sa dualité étrange et violemment contradictoire. Véritable Janus, il montre deux faces opposées, deux politiques, au dehors, au dedans.

Il joue en même temps deux pièces dont chacune se moque de l'autre, en est la satire, la dérision. Grande fatigue pour l'histoire, qui, plus elle est fidèle, plus elle paraît inconséquente. Cela rappelle le laborieux amusement de Léon X qui, sur son théâtre, divisé en deux scènes, à la même heure faisait jouer la Mandragore et je ne sais quelle autre facétie de Machiavel.

À l'intérieur, Dubois, tendre pour les Jésuites, amant de la Tencin, est épris de la Bulle. Il prend leur d'Argenson, sacrifie d'Aguesseau, Noailles. Il leur lâche la main dans leur plus cher plaisir, la chasse aux protestants.

Il est donc bien zélé pour Rome? c'est le contraire. Tout le travail de sa diplomatie, le sens de ses traités de Triple et Quadruple Alliances, c'est d'exclure à jamais les candidats de Rome, le Prétendant et l'Espagnol des trônes de France et d'Angleterre; c'est d'affermir ou de fonder la dynastie protestante et la dynastie libertine, la maison de Hanovre, la maison d'Orléans. De concert avec l'hérétique, il accable l'Espagne, la vraie puissance catholique, lui brûle ou noie son Armada, met au fond de la mer ce dernier espoir du papisme.