Cruelle aggravation aux tortures de la femme en couches. Si nerveuse en ce dur moment, celle qui se sent épiée, écoutée, et d'oreilles malveillantes, ne peut plus rien et risque de périr. C'est la scène de Junon assise à la porte d'Alcmène, tenant ses deux mains jointes, serrées, les doigts entrelacés pour nouer sa rivale, la faire crever. Il n'en fut pourtant pas ainsi. Les cris d'enfant qui éclatèrent, dirent assez que la délivrance avait eu lieu. Plus de danger. Languet leva sa faction.
Dans son épigramme maligne, Voltaire, cinq mois d'avance, baptisait l'enfant Étéocle, et Lagrange-Chancel disait que, de Cynire et de Mirrha devait naître le bel Adonis. Ce fut cependant une fille.
L'orgueilleuse souffrait horriblement d'un tel éclat. Et quoi de plus cruel que d'accoucher sous les sifflets? Les rieurs furent impitoyables. Voltaire, pensionné du Régent, mais alors amoureux de la dévote maréchale de Villars, fit, fort étourdiment, pour plaire à ce parti, une nouvelle épigramme sur la naissance incestueuse et sur les peurs de l'accouchée (ce mot date la pièce d'avril 1719, et dément la fausse date de 1716): «Enfin, votre esprit est guéri des craintes du vulgaire,» etc.
Tout ce bruit lui rendait cruel le séjour de Paris. Accouchée le 3 ou le 4, dès le 10, lundi de Pâques, elle se fit transporter à Meudon.[Retour à la Table des Matières]
CHAPITRE X
GUERRE D'ESPAGNE—MORT DE LA DUCHESSE DE BERRY—DANGER DE LAW
Mai-Juillet 1719
La guerre commençait sans grand bruit (mars-avril). L'Espagne aurait pu l'éviter. Car la France, à l'époque de la conspiration de Cellamare, n'ayant pas encore le Pérou de Law, redoutait cette dépense. Dubois avait de son mieux adouci, mutilé les pièces. La France et l'Angleterre ne faisaient à Philippe V d'autres conditions que de gouverner l'Espagne par l'Espagne elle-même, c'est-à-dire d'éloigner les brouillons italiens qui, sans moyens, sans force, étourdiment, compromettaient son trône, troublaient la paix du monde. C'est exactement ce que demandaient les plus sérieux Espagnols. Il était insensé, coupable, d'armer malgré elle l'Espagne, de la forcer de combattre. Si elle avait encore un peu de vie, on devait bien la lui garder.
Les prêtres et les femmes n'ont peur de rien, parce qu'ils risquent moins que les autres. L'abbate, l'amazone, poussaient la guerre en furieux. La rude leçon de Sicile n'avait rien fait. Ils refaisaient la flotte; ports, chantiers, arsenaux, tout travaillait en hâte. Le plus simple bon sens eût dû leur faire comprendre qu'on ne leur donnerait pas le temps de finir tout cela. Ils provoquaient, défiaient la guerre, mais au jour du combat ils n'auraient rien de prêt encore. Isolés en Europe, ayant leurs meilleures troupes enfermées en Sicile, ils acceptèrent la lutte contre les trois grandes puissances du monde, l'Angleterre, la France, l'Empereur.
Alberoni avait beaucoup d'esprit, d'activité, certaine audace de joueur. On a vu sur quelle carte il eût voulu jouer en 1717 et 1718, acheter Charles XII et le lancer, rétablir le Prétendant. Cela n'eût pas duré, mais l'effet eût été si grand que le Régent eût fort bien pu tomber de la secousse, Philippe V devenir Régent. La reine le força d'ajourner, de se tourner vers la Sicile, où l'on ne pouvait faire rien de grand ni de décisif, et où la flotte se perdit.
En 1719, tout était empiré. Alberoni, la reine paraissent moins que des fous,—des sots. Leur espoir est dans trois romans, et plus absurdes l'un que l'autre. Ils imaginent: