Le jugement de Dieu, qu'il attestait toujours, avait deux fois prononcé contre lui. Vaincu deux fois, avec Philippe II, avec Louis XIV, il paraissait fini. Il l'était bien plus en lui-même, ayant dans l'Unigenitus condamné l'Évangile, et les propres mots de Jésus.

Montesquieu ne s'amuse pas à faire la petite guerre, noter tel scandale, tel abus. Il va à la vraie question: Si le catholicisme meurt, est-ce un effet de ses abus qui l'écartent de l'Évangile? ou l'effet naturel, nécessaire, du principe chrétien?—Quel est-il, ce principe, et quelle est sa portée?

Regardant l'avenir, dédaignant le présent et méprisant ce monde, condamnant toute occupation mondaine, maudissant la nature, il est essentiellement stérile et dépopulateur (Lettre 144).—Il est le père des moines, mais il en est le fils, issu du monachisme oriental, si fort en Égypte, en Syrie, avant Jésus, plus fort dans la mort de l'Empire, ce grand tombeau des nations. Au monde défaillant qui n'agissait plus guère, qui n'espérait plus rien, il interdit l'espoir, défendit l'action.


Le premier mot qui part, en 1734, le premier cri, c'est: «l'action

Voltaire, dans ses Lettres anglaises et la lettre contre Pascal, dit la grande parole, le moderne Symbole: «Le but de l'homme est l'action.»

Nous avons vu Voltaire à ce très-beau moment, qu'on pourrait dire son moment stoïcien, quand, pauvre, ruiné, au retour d'Angleterre, il était caché près Paris.

Aux jérémiades amères de Pascal sur les maux de l'homme, il répond noblement: «L'homme est heureux... Je suis heureux.»

Comment heureux? Par l'action.

L'action, but souverain de l'homme; avec ce mot il n'était plus besoin d'épigrammes, ni de petits combats. Cela renvoyait au néant les dogmes de l'inaction, de la contemplation stérile.