Le but, entendez-vous? ce n'est pas le plaisir; ce n'est pas l'intérêt (à vous! Helvétius, Holbach! À vous, les modernes écoles de la matière et du plaisir).
Voltaire se croit sensualiste et disciple de Locke. Il ne l'est point au fond. Il se sépare très-bien de lui et de tous ceux qui croient la morale variable, qui ne reconnaissent pas une règle identique d'action.
Il se moque de Locke qui, sur la foi de voyageurs suspects, a la crédulité d'admettre que les Mingréliens s'amusent à enterrer vifs leurs enfants. «Mettons cela, dit-il, avec le perroquet qui tint au P. Maurice ces beaux discours en langue brésilienne, que Locke a la simplicité de redire.»
Et il n'est pas moins ferme contre le fatalisme. Contre Wolf, contre Frédéric, il proclame la liberté de l'action.
«La liberté dans l'homme est la santé de l'âme.» Plus on a la santé morale, plus on croit à la liberté. Le fataliste est un malade.
C'est un état artificiel, contre lequel protestent la conscience et la liberté intérieure.
Tout cela, beau en soi, l'est encore plus dans la situation. Il soutient cette thèse contre un homme qui va régner, le jeune prince de Prusse (1737-1738). Il tremble de le voir persister dans ce fatalisme qui endurcit le cœur. «Au nom de l'humanité, daignez penser que l'homme est libre.»
La morale héroïque se prouve par les actes et les œuvres, la liberté par l'énergie.
Frédéric, qui en fit un si terrible usage dans la guerre de Sept Ans, fut converti par la victoire. Déjà vieux, il avoue (1771, 16 septembre) que nos actes sont libres, et que Voltaire avait raison.