Paris.—Imprimerie Moderne (Barthier, dr), rue J.-J.-Rousseau, 61.

Note 1: Ce volume s'arrête à l'entrée de la guerre de Sept Ans.—Helvétius, Holbach, viennent plus tard, ainsi que Candide, cette fâcheuse éclipse de Voltaire.—La réaction pleureuse de Diderot (le Père de famille) et de la Nouvelle Héloïse (1759) ne me regardent pas encore.—L'art est encore entier. Cet art de la Régence subsiste. Il va faiblir, et peu à peu faire place au pauvre art Louis XVI.—Le style aussi s'altère vers 1760. Un grand maître l'a dit: «Dans Voltaire, la forme est l'habit de la pensée,—transparent,—rien de plus. Avec Rousseau, l'art paraît trop, et l'on voit commencer le règne de la forme, par conséquent sa décadence.»[Retour au texte principal.]

Note 2: L'histoire de ces grands financiers, plus curieuse que celle des rois, est malheureusement bien difficile.—Leur patriarche, Samuel Bernard, a parfaitement réussi à dérober sa vie et les sources de sa fortune énorme. Homme agréable, très-discret, fils d'un peintre de cour, et nouveau converti en 1685 (V. Haag, France protest.), il vit très-froidement que la Révocation était une affaire. Ceux qui fuyaient ne savaient comment vendre, mais ils trouvèrent Bernard, intermédiaire des puissants acquéreurs; du peu qu'il leur donna, ils furent ravis, l'acclamèrent le Sauveur. Bernard se mit alors à sauver les armées avec ses prête-noms, les Pâris. Le plus miraculeux, c'est qu'il sauva sa caisse. Du naufrage de 1710, il émergea plus riche. Dès lors, dans un repos princier, n'agissant que sous main et par son bouillant Duverney, avec Crozat et autres, il mina le Système, fit le Visa pour n'être pas visé.—Il savait parfaitement la puissance de l'opinion. Chez son amie, madame de Fontaine-Martel, il accueillait et protégeait les brillants et hardis penseurs. Ce fut le salon de Voltaire, de même que ses filles ou parents (les Dupin, d'Épinay, Francœur, etc.) furent la société de Diderot, Rousseau, etc.—On connaît les Pâris un peu plus que Bernard. Leur histoire, celle de Pâris Duverney, a été esquissée par Luchet, Rochas et autres. Elle va nous être donnée, d'après des actes de famille, par le savant et consciencieux professeur de Grenoble, M. Macé. Quant à leur origine d'aubergistes des Alpes et aux services qu'ils rendirent en faisant passer l'armée, Saint-Simon date mal, mais, je crois, ne se trompe nullement sur le fond des faits.[Retour au texte principal.]

Note 3: La femme agioteuse ne date pas de la Régence. Avant la Tencin, la Chaumont, déjà madame de Verrue agiote sous Louis XIV. Au fond, c'était un homme, et fort émancipé, ayant su, vu, enduré tout. Née de Luynes, au dévot Versailles, mariée dans le dévot Picinont, elle vit bien le dessous des cartes. Son mari trouvait fort mauvais qu'elle ne voulût pas être maîtresse du duc de Savoie. Elle obéit, fut reine (et captive du tyran jaloux). Enfin, ennuyée, excédée, elle rentra au bien-aimé Paris, non pas dans l'ennui des de Luynes, mais dans une vie large d'affaires, de spéculations, de plaisirs. Elle devint un centre. Son hôtel était un musée. La première, elle osa admirer, acheter les Rubens, les Rembrandt (que méprisait tant le grand Roi). Elle sentit vivement la de Prie, un charmant César Borgia, effréné, intrépide, mais sans le froid, le faux des vrais scélérats italiens. Il ne fallait pas moins pour mordre sur M. le Duc, qui était bien usé, qui aimait peu les femmes, qui s'ennuyait déjà avec madame de Nesle. Alors, c'était la baisse. Mais la de Prie paraît, et la hausse est lancée (juillet 1720), le vertige, la furie, la trombe. Dès que M. le Duc possède ce magique diamant, la Fortune elle-même vient s'engouffrer dans Chantilly.—Lieu dangereux, charmé, et propre à faire des fous. Les Condés étaient tous bizarres. Et madame de Prie fut Condé. D'abord comme eux, avide. Puis féroce (pour eux contre Orléans). Enfin, mortellement libertine. Le tout à la romaine. Point bourgeoise (à la Pompadour). Point vulgaire (à la Du Barry).[Retour au texte principal.]

Note 4: Voltaire le dit d'un trait fort plaisant, fort cynique, dans une lettre de 1725 (septembre). Mais je ne doute pas qu'en 1724, Maurepas (ministre à quinze ans et qui alors en a vingt) ne se soit déjà introduit dans cette petite société comme amuseur et corrupteur.—Pour tout le reste, nous avons l'autorité très-grave de Marais, celle de Barbier; Villars en parlait tout au long avec sa vigueur militaire. Mais il a été mutilé (Rich., V, 50). Pour le petit page Calvière, même mutilation (V. MM. de Goncourt, Portraits, II, 117); il s'arrête avant août 1722, ne donne ni l'une ni l'autre des deux époques scandaleuses.[Retour au texte principal.]

Note 5: Tout cela est constaté par le remercîment de Desfontaines, et avoué des ennemis de Voltaire, du savant et très-hostile Nicolardot.[Retour au texte principal.]

Note 6: Saint-Simon, chap. DXXX.—D'Argenson qui a pu savoir la prophétie de Vittement par d'autres voies, s'exprime ainsi: «Il existe certain lien, certain nœud indissoluble entre le Roi et le cardinal, dont il résulte que S. M. ne pourrait jamais le renvoyer, quelque envie qu'elle en eût.» (D'Arg., éd. Janet, II, 192.)[Retour au texte principal.]

Note 7: Ce combat de deux sentiments est curieux à observer dans les deux éditions de 1858 et 1860. La scène est sabbatique, obscène. Et cependant comment la supprimer? Le vénérable M. d'Argenson, si ferme, si honnête dans l'édition qu'il a faite des Mémoires de son grand-oncle, n'a pas eu cette vaine pudeur qui fausse toute idée de l'époque. Édition Janet, I, 205.[Retour au texte principal.]

Note 8: Jamais erreur ou crime judiciaire n'a eu une telle punition. La France, hélas! roua Calas et le chevalier de la Barre, en plein XVIIIe siècle. Qui n'a péché? Quelle nation n'a eu à déplorer quelque odieux arrêt de ses juges? Par un sort singulier, seule la Pologne fut punie.—L'excellente Histoire de Pologne, par Ladislas Mickiewicz (1865), expose très-bien cette affaire. J'avais de plus sous les yeux une relation polonaise que M. Jean Mickiewicz a bien voulu me traduire (Récits historiques, Posen, 1843; Sprawa Torunska). Enfin la relation prussienne, très-claire et très-impartiale de Jablonski, Thorn affligée, 1726. Ces documents catholiques et protestants concordent pour tout l'essentiel. Le précieux petit livre, Thorn affligée, existe ici dans la Bibliothèque polonaise de Paris (Île Saint-Louis). Vénérable bibliothèque, où tant de choses perdues en Pologne se retrouvent encore.[Retour au texte principal.]

Note 9: Comme pour augmenter à plaisir les difficultés, ils arborent le drapeau jésuite. Le Prétendant avait eu le bon sens, pour tranquilliser les Anglais, d'avoir un conseil protestant. De Madrid et de Vienne, on le gronda. Sa femme, ardente Polonaise, que dirigeait Alberoni, fit comme la Farnèse; elle le prit par l'alcôve et le lit, se mit dans un couvent, jusqu'à ce qu'il quittât ses protestants, montrant bien que l'affaire serait toute religieuse, la conversion forcée de l'Angleterre. Par là il se brisait lui-même. Il blessait sans retour tous les protestants jacobites (lord Mahon).[Retour au texte principal.]