L'Empereur, ne cédant qu'à son intérêt domestique, parut condescendre à Fleury, à son envoyé Richelieu, au pape, à la médiation de Rome et de Fleury.

Nous avons vu que ce faux politique, un prêtre au fond, louvoya au moment où la prêtraille jacobite croyait entamer l'Angleterre. Il donna le délai que l'Espagne voulait pour la vaine entreprise qui hasardait la paix du monde. Elle se fit pourtant, se refit, cette paix. Fleury en eut la gloire, triompha d'une affaire que tous avaient voulue et qui s'arrangeait d'elle-même.

L'histoire trop aisément accepte ce triomphe. Il faut en croire plutôt son bon ami Horace Walpole, selon lequel il fut ignorant, incapable aux affaires de l'Europe. Pour celles de la France, non-seulement il les ignorait, mais ne voulait pas les apprendre, éloignant avec soin tous ceux qui avaient eu part aux affaires. Torcy, Noailles lui auraient dit les choses, Saint-Simon les personnes. Les gens des deux Visa, Fagon, Rouillé, Barème, lui eussent éclairé le monde de finance auquel il se fia si sottement. Du personnel diplomatique il écarta les gens habiles et fins de la Régence, mit des sots à la place, des prélats imbéciles qui ne savaient rien que la Bulle. Villars dit et répète qu'on se moquait de nous.

«D'où vient, dit Louis XV à la mort de Fleury, qu'il n'y a plus d'hommes en France?» En tous les rangs marquants Fleury avait fait le désert.[Retour à la Table des Matières]

CHAPITRE IV

CHUTE DU SIÈCLE.—IMPUISSANCE DES JANSÉNISTES ET DES PROTESTANTS
1727-1729

«Les villages fondent partout et viennent à rien... On abandonne les campagnes pour se retirer dans les villes.» (Argenson, sept. 1732; I, 145, édit. 1859.)

Mot d'un mécontent, d'un frondeur, dira-t-on. Villars, un de nos gouvernants, et membre du Conseil, dit justement la même chose (p. 359, édit. 1839).

Que veut dire ici Sismondi en affirmant sans preuves: que le travail reprit, que, par la mortalité même, le travailleur plus rare fut mieux payé, etc.? Pure hypothèse. Pas un fait à l'appui dans les écrits contemporains.

Pour les campagnes, c'est absolument faux. Pour les villes, peu exact encore. Les ouvriers de luxe, qui sont toujours un petit nombre, travaillèrent pour les enrichis, décorèrent dans un goût charmant les splendides hôtels des Fermiers généraux. Hors de là, nul appel à la production. Les cinq cent mille familles qui à Paris ont subi le Visa, l'autre demi-million qui en province eut même ruine, tous ces gens ruinés ont-ils pu réparer si vite pour encourager l'industrie? Et le gouvernement agit bien moins encore. La France, sous Fleury offre ce spectacle curieux d'un grand État inerte, qui loin, d'édifier, n'achève rien, ne répare plus, ne met plus une pierre à la muraille ruinée, pas une planche aux vaisseaux de guerre; nul souvenir des ports, arsenaux, citadelles. Nul travail. Un vaste silence.