Le XVIIIe siècle avait posé sa foi, son credo, son symbole (par Voltaire, Vauvenargues, etc.): Le but de l'homme est l'action. Il restait de montrer et de prouver cela, comme fit Frédéric, par toute activité, dans la paix, dans la guerre, administration, lois, combats, avec ce calme souverain, qui, par-dessus le trouble des affaires, des dangers, planait dans la culture des arts.

L'action! On verra combien ce simple mot fut fort pour rallier le siècle avant la décadence de 1760.—Il est très-faux qu'on ait erré, flotté. Non, l'Europe a marché très-droit.

Leibnitz posa la force vive, premier élément d'action.—Vico dit que l'homme est créateur, père et fils de son action (1726).—Montesquieu, aux Lettres persanes, que le principe inactif et stérile du Moyen âge allait mourir (1720).—Voltaire proclame en ses Lettres anglaises: «L'action est le but de l'homme» (1734).—«L'action libre (1738)—et sous la même règle morale» (1751).

Diderot enfin entreprend d'évoquer l'action, la force vive, en tous les êtres, fait jaillir de chacun le Dieu qui est en lui. Il s'écrie: «Élargissez Dieu!» Mot fécond qui lança, avec nous, l'Allemagne et les sciences de la nature.

Celles de l'homme l'étaient par l'Essai sur les mœurs, et la grande enquête historique sur l'action universelle de l'homme, sur sa concordance morale.

Montesquieu et Voltaire avaient pressenti l'Orient, regardé vers la Perse. Au moment où l'Essai parut, un héros de vingt ans, Anquetil, sans moyens ni ressources, va au fond de l'Asie (1754) chercher les livres de la Perse, la tradition sainte de la morale antique, l'accord du genre humain (du présent au passé),—la foi de l'action, du travail créateur à l'image de Dieu, qui nous fait dieux aussi.

Hyères, 1er mai 1866.[Retour à la Table des Matières]

HISTOIRE DE FRANCE

CHAPITRE PREMIER

FLEURY ET M. LE DUC
1724