Diderot, enfermé à Vincennes (1749), ne commence l'Encyclopédie qu'en prenant pour patron un ministre jésuite (1751), ne la sauve du coup de mars 1752 qu'en acceptant des censeurs prêtres. Il la continuera à travers les saisies, les défections (celle de d'Alembert, et les mortels coups de Rousseau 1757).
L'opposition a bien peu d'unité. Le Parlement n'est pas moins divisé que le parti philosophique. Avec son vieux fond janséniste et sa jeune minorité politique, révolutionnaire, il marche de travers, il boite ridiculement. Tout en attaquant l'archevêque, il attaque l'Encyclopédie; il s'affaiblit ainsi, et tue sa popularité.
Les Jésuites et leurs hommes, les meneurs du Dauphin (la Vauguyon), leur machine Argenson cadet, croyaient pouvoir oser. Leur organe indiscret, violent, madame Adélaïde, put dire: «Nous voulons... Nous ferons.»
Elle lança le roi, bride abattue, dans le plan du parti: «Exaspérer le Parlement, amener une crise où ce corps se ferait broyer. Chasser Machault, sauver les biens d'Église.»
Un coup sec fut frappé (déc. 1752). Paris était ému, indigné contre l'archevêque qui refusait les sacrements à une pauvre vieille religieuse. Que fait-on? On enlève du grabat la mourante; on la livre aux béguines du parti opposé. Paris est furieux. Le Parlement saisit l'archevêque dans son temporel, veut l'arrêter, ne peut; car il est pair, et les pairs ne veulent siéger. On remonte plus haut. On examine le droit royal d'arrestation, les Lettres de cachet! Discussion violente qui ne finira plus qu'à la prise de la Bastille.
Attaque au Roi. Un conseiller obscur, plus hardi, attaque l'homme même, la question brûlante des blés et des spéculateurs en blé. La majorité janséniste veut l'arrêter. En vain. Il montre qu'à côté des greniers d'abondance légaux, officiels, on cache des magasins secrets, quatre-vingts repaires d'affameurs (Barbier, V, 314).
Le roi aigri refuse d'écouter de telles remontrances. Le Parlement refuse de siéger, de juger (7 avril 1753).
Ce corps se sentait nécessaire. La guerre venait. Pas un moment à perdre pour les nouveaux impôts. Deux intérêts immenses étaient en jeu: En Amérique, la longue voie des fleuves qui vont du Canada à la Louisiane. Aux Indes, un vaste empire que Dupleix nous fondait, et dont le grand Mogol eût été tributaire. Mais il fallait armer; donc, avoir de l'argent; donc, ménager le Parlement. Cela fut agité la nuit du 8-9 mai.
Qui trancha? On ne sait. Mais le roi immola deux mondes.
Quand le Dauphin l'apprit, il embrassa son père (Arg., IV, 136).