Le 9 mai, à quatre heures, on enlève tout le Parlement.
En juin, on dit Madame enceinte (Arg., IV, 143)[37].
Ces choses ne se prouvent jamais. Ce qui est plus certain, c'est la ruine du Parlement.
Ce n'est pas l'exil débonnaire du Régent qui leur envoyait de l'argent pour faire bonne chère. C'est une cruelle dispersion. Quatre dans les cachots. Tous jetés dans je ne sais combien de villes. Un exil combiné, non contre le corps seul, mais pour appauvrir, ruiner, affamer les individus.
Le Parlement fut vraiment admirable. La Grand'Chambre que seule on avait épargnée, eut honte et se fit exiler. De là rigueur nouvelle. Tous sont cruellement exilés de l'exil. Il faut en plein hiver (avec leurs familles ruinées, tel faisant deux cents lieues!) qu'ils aillent s'interner à Soissons. Quel résultat? Aucun. Le pouvoir est vaincu. Une Chambre royale qu'il substitue au Parlement reste oisive, honnie, ridicule. Personne ne veut y plaider.
Et cependant la crise arrive. Le mob de Londres hurle la guerre. La Compagnie anglaise de l'Ohio, sur les fleuves intérieurs de l'Amérique que nous croyons à nous, établit son commerce et ses postes armés. L'assassinat d'un Français, Jumonville, envoyé en parlementaire, va commencer bientôt la grande lutte des deux nations.[Retour à la Table des Matières]
CHAPITRE XVII
SUITE D'ADÉLAÏDE—FOURBERIE DU ROI—DÉCEPTION DU PARLEMENT
1753-1755
La fatale embrassade du Dauphin avait eu son fruit. Le Roi se voyait, en décembre 1753, comme perdu, ne sachant plus que faire, au fond d'un cul-de-sac, sans moyen d'en sortir. Comment rappeler le Parlement? comment le calmer, l'apaiser? Mais comment s'en passer, frapper l'impôt nouveau sans enregistrement?
Paris était terrible cet hiver. La fermeture de tous les tribunaux, le chômage du monde énorme du Palais, avocats, procureurs, greffiers, notaires et gens d'affaires, écrivains de toute sorte, affamait une classe nombreuse, et indirectement toutes les classes qui s'y rattachaient. Grande était la fermentation, et bien plus générale qu'en 1750, quand on avait crié: «Allons brûler Versailles.» Ce monde de parleurs traînait dans les cafés, ne se gênait pas, pérorait. La police, devant une telle tempête, avait peur.