CHAPITRE XXIII ET DERNIER.
- Les fusillades de Paris.—Necker.—Cahiers.—Élections.—Mirabeau. Août 1788-avril 1789 [388]
- Le roi appelle Necker, veut l'exploiter, garder son ministère [389]
- Chute de Brienne et Lamoignon. Fêtes de Paris. Massacres (septembre 1788) [390]
- Faiblesse de Necker. Ménagements pour la Cour, l'Aristocratie [393]
- On convoque les Notables pour soutenir les privilégiés (décembre) [395]
- Le coup de Sieyès: Le Tiers est le tout [396]
- La Noblesse recule, et s'avoue rétrograde [398]
- Cruel hiver et famine [399]
- Le roi n'osa refuser le Doublement du Tiers (27 décembre 1788) [400]
- Caractère équivoque du Règlement d'élection (24 janvier 1789) [401]
- Violente lutte pour l'élection de Mirabeau [408]
- Mirabeau sauve la Provence, triomphe; prévoit la tyrannie [414]
Paris.—Imprimerie Moderne (Barthier, dr.), rue J.-J.-Rousseau, 61.
Note 1: Est-ce à un étranger qu'on doit remettre l'épée, l'armée et le salut? grosse question.—Un livre spécial là-dessus, un livre fort est parti de Zurich, livre amer, mais salubre et sain (chose aujourd'hui si rare), plein de réveil et plein de vie, dont plus d'un dormeur vibrera. (Dufraisse, Histoire du droit de guerre et de paix, de 89 à 1815. Paris, éd. Lechevalier.)[Retour au texte]
Note 2: L'ignorance où l'on était, explique l'indulgence des historiens, de MM. Thiers, Mignet, Droz, Louis Blanc, Lanfrey, Carnot, Ternaux, Quinet.—C'est en juin 1865, que M. Geffroy, le premier en France, fit connaître la publication d'Arneth, apprécia les vraies et les fausses lettres du Roi et de la Reine avec une ingénieuse et intéressante critique.—Voir l'appendice de son livre Gustave III et la cour de France, si riche de faits nouveaux sur l'histoire de ce temps.[Retour au texte]
Note 3: En revanche, j'ai développé certains faits vraiment capitaux, par exemple, la révolution de Grenoble qui fit celle de la France, et pour laquelle M. Gariel m'avait ouvert les sources les plus précieuses.—Je regretterais beaucoup plus mes lacunes si mon ami, M. Henri Martin, dans sa judicieuse histoire, si riche en précieux détails, n'y suppléait souvent avec autant d'exactitude que de talent.—L'histoire de l'art est mieux dans les fines et savantes notices de MM. de Goncourt, que je n'aurais pu faire.—Deux sérieux esprits, si nets et si loyaux, MM. Bersot, Barni, ont donné sur nos philosophes d'excellents jugements qui resteront définitifs. Ils corrigent ce que peut avoir peut-être d'excessif ma critique de Rousseau.[Retour au texte]
Note 4: L'histoire était romanesque, mais moins invraisemblable qu'on n'a dit. Don Carlos n'avait nul rapport avec son père Philippe V, ennemi des nouveautés, serf (à l'excès) de l'habitude. Par sa facilité extrême à adopter les réformes, sa partialité pour les Italiens, par l'adoption empressée de leurs plans les plus utopiques, Carlos, on ne peut le nier, rappelait fort Alberoni. Celui-ci avait été maître un moment de la Farnèse. Il l'avait créée, inventée, tirée de son grenier de Parme, mise au trône de l'Espagne et des Indes. Italienne chez les Espagnols, seule et mal vue, elle n'avait d'appui que cet Italien. Elle fut six mois sans être grosse, ne prenant nulle racine encore contre le fils du premier lit. Son mentor Alberoni put lui rappeler comment Anne d'Autriche, enceinte à tout prix, se moqua de tous et régna. Alberoni était un nain, un gnome aux paroles magiques, diable noir aux yeux de diamant. Il fit miroiter devant elle le monde défait, refait par lui, un Don Carlos roi d'Italie, qui plus tard, devenant roi d'Espagne, serait un autre Charles-Quint. Elle n'était pas libertine, mais furieusement ambitieuse. Il en serait né Don Carlos.—Elle n'aurait conçu du roi qu'à la chute d'Alberoni. Celui-ci croyait la tenir par le secret; il la raillait. Elle fut obligée de le perdre. Elle espérait le tuer, l'enterrer avec ce secret. Elle envoya des assassins, mais par miracle il échappa.—Voilà le roman, bien lié, et qui eût pu réussir entre les mains de gens habiles autant que l'étaient les Jésuites. Serait-ce la cause réelle qui irrita tellement Don Carlos contre eux, le poussa plus qu'à l'expulsion de l'ordre, mais à des traitements sauvages, qu'on aurait crus de vengeance, qui semblaient avoir pour but la mort même des individus? (V. Al. de Saint-Priest, etc.)[Retour au texte]
Note 5: Cela acheva l'Infante. Cette belle, comme Henriette, sa sœur, quoique beaucoup plus brillante, avait toujours été malsaine, ce que semblait révéler par moment un signe commun, une petite gale au front. Henriette mourut de l'avoir fait rentrer. L'Infante peut-être de même. En décembre, elle fut prise d'une de ces maladies putrides qu'on appelait toutes alors petites véroles. L'éruption se fait mal. En huit jours elle est foudroyée. On avait grande impatience qu'elle mourût, fût emportée, de crainte qu'elle n'infectât tout. Le Roi avait son carrosse, ses chevaux qui hennissaient; il voulait fuir à Marly. Et tous. Ce fut une déroute. L'odeur était insupportable. Deux capucins qui faisaient vœu de se dévouer à ces choses, ne purent aller jusqu'au bout. L'idole, la galante, la belle, maintenant l'horreur de tous, fut sans pompe emportée le soir, jetée à Saint-Denis (Barbier, Hausset, etc.).[Retour au texte]
Note 6: Toute critique sur Rousseau sera vaine, si l'on ne fait pas d'abord l'examen de ses précédents,—j'entends les précédents de sa langue (de Refuge, et de Savoie),—les précédents de ses idées. Pourquoi ne dit-on jamais que Mably le précéda dès 1749? Que Morelly fit un Émile, un remarquable Traité d'éducation dès 1743, que sa Basiliade précéda d'un an le Discours sur l'inégalité, qu'elle parut en 1753? Rousseau, dans ce Discours, part de l'idée de Morelly, puis l'abandonne et recule. Il savait à fond tout cela, au moins par Diderot, son brûlant médiateur, qui chauffa le fameux Discours.[Retour au texte]
Note 7: Elle attribue calomnieusement aux philosophes en général un mot léger d'Helvétius. Mais qu'ils n'adoptèrent nullement, et que Voltaire reproche à Helvétius (Corresp., éd. Beuchot, t. LX, p. 357).[Retour au texte]