[419]: C'est, comme on le sait, à Sainte-Geneviève, au pied de la tour (très-mal nommée) de Clovis, qu'ouvrit cette grande école. De cette montagne sont descendues toutes les écoles modernes. Je vois au pied de cette tour, une terrible assemblée, non-seulement les auditeurs d'Abailard, cinquante évêques, vingt cardinaux, deux papes, toute la scolastique; non-seulement la savante Héloïse, l'enseignement des langues et la Renaissance, mais Arnaldo de Brescia, la Révolution.

Quel était donc ce prodigieux enseignement, qui eut de tels effets? Certes, s'il n'eût été rien que ce qu'on a conservé, il y aurait lieu de s'étonner. Mais on entrevoit fort bien qu'il y eut tout autre chose. C'était plus qu'une science, c'était un esprit, esprit surtout de grande douceur, effort d'une logique humaine pour interpréter la sombre et dure théologie du moyen âge. C'est par là qu'il enleva le monde, bien plus que par sa logique et sa théorie des universaux.

[420]: Guil. de S. Theodor. epist. ad S. Bern. (ap. S. Bernardi opera, t. I, p. 302): «Libri ejus transeunt maria, transvolant Alpes.»—Saint Bernard écrit en 1140, aux cardinaux de Rome: «Legite, si placet, librum Petr. Abelardi, quem dicit Theologiæ; ad manum enim est, cum, sicut gloriatur, a pluribus lectitetur in Curia.»

Les évêques de France écrivaient au pape, en 1140: «Cum per totam fere Galliam, in civitatibus, vicis et castellis, a scholaribus, non solum inter scholas, sed etiam triviatim, nec a litteratis aut provectis tantum, sed a pucris et simplicibus, aut certe stultis, de S. Trinitate, quæ Deus est, disputaretur...» T. Bernardi opera, I, 309.—S. Bern. epist. 88 ad Cardinales: «Irridetur simplicium fides, eviscerantur arcana Dei, quæstiones de altissimis rebus temerarie ventilantur.»

[421]: Tel est le point de vue chrétien au moyen âge. Je l'ai exposé dans sa rigueur. Cela seul explique comment Abailard, dans sa lutte avec saint Bernard, fut condamné sans être examiné, sans être entendu.

[422]: Sa mère était de Montbar, du pays de Buffon. Montbar n'est pas loin de Dijon, la patrie de Bossuet.—Il était né en 1091.

[423]: Voy. sur cette affaire les lettres de saint Bernard aux villes d'Italie (à Gênes, à Pise, à Milan, etc.), à l'impératrice, au roi d'Angleterre et à l'empereur.

[424]: Gaufridus: «Subtilissima cutis in genis modice rubens.»

[425]: Guill. de S. Theod. «Jusqu'ici tout ce qu'il a lu dans les saintes Écritures, et ce qu'il y sent spirituellement, lui est venu en méditant et en priant dans les champs et dans les forêts, et il a coutume de dire en plaisantant à ses amis, qu'il n'a jamais eu en cela d'autres maîtres que les chênes et les hêtres.»—Saint Bernard écrivit à un certain Murdach qu'il engage à se faire moine: «Experto crede; aliquid amplius in silvis invenies quam in libris. Ligna et lapides docebunt te quod a magistris audire non possis... An non montes stillant dulcedinem, et colles fluunt lac et mel, et valles abundant frumento?»

[426]: Elle était fille, à ce qu'on croit, d'Hersendis, première abbesse de Sainte-Marie-aux-Bois, près de Sézanne, en Champagne; ou, selon d'autres suppositions, d'une autre mère inconnue et d'un vieux prêtre, qui la faisait passer pour sa nièce, de Fulbert, chanoine de Notre-Dame. (N. Peyrat, 1860.)