Près Landélorn (Landerneau), le 1er mai, la porte d'un roc s'ouvrait sur un lac au-dessus duquel aucun oiseau ne volait. Dans une île chantaient des fées avec la chanteuse des mers: qui y pénétrait était bien reçu, mais il ne fallait rien emporter. Un visiteur emporte une fleur qui devait empêcher de vieillir; la fleur s'évanouit. Désormais plus de passage; un brave essaye, mais un fantôme menace de détruire la contrée... Selon Davies (Myth and rites), on trouve une tradition presque semblable dans le Brecnockshire. Il y a aussi un lac dans ce comté, qui couvre une ville. Le roi envoie un serviteur... on lui refuse l'hospitalité. Il entre dans une maison déserte, y trouve un enfant pleurant au berceau, y oublie son gant; le lendemain, il retrouve le gant et l'enfant qui flottaient. La ville avait disparu.
SUR LES PIERRES CELTIQUES (Voy. page [117]).
La pierre fut sans doute à la fois l'autel et le symbole de la Divinité. Le nom même de Cromleach (ou dolmen) signifie pierre de Crom, le Dieu suprême (Pictet, p. 129). On ornait souvent le Cromleach de lames d'or, d'argent ou de cuivre, par exemple le Crum-cruach d'Irlande, dans le district de Bresin, comté de Cavan (Toland's Letters, p. 133).—Le nombre de pierres qui composent les enceintes druidiques est toujours un nombre mystérieux et sacré: jamais moins de douze, quelquefois dix-neuf, trente, soixante. Ces nombres coïncident avec ceux des Dieux. Au milieu du cercle, quelquefois au dehors, s'élève une pierre plus grande, qui a pu représenter le Dieu suprême (Pictet, p. 134).—Enfin, à ces pierres étaient attachées des vertus magiques, comme on le voit par le fameux passage de Geoffroy de Montmouth (I. V). Aurelius consulte Merlin sur le monument qu'il faut donner à ceux qui ont péri par la trahison d'Hengist...—«Choream gigantum[398] ex Hiberniâ adduci jubeas... Ne moveas, domine rex, vanum risum. Mystici sunt lapides, et ad diversa medicamina salubres, gigantesque olim asportaverunt eos ex ultimis finibus Africæ... Erat autem causa ut balnea intrà illos conficerent, cùm infirmitate gravarentur. Lavabant namque lapides et intrà balnea diffundebant, undè ægroti curabantur; miscebant etiam cum herbarum infectionibus, unde vulnerati sanabantur. Non est ibi lapis qui medicamento careat.» Après un combat, les pierres sont enlevées par Merlin. Lorsqu'on cherche partout Merlin, on ne le trouve que «ad fontem Galabas, quem solitus fuerat frequentare.» Il semble lui-même un de ces géants médecins.
On a cru trouver sur les monuments celtiques quelques traces de lettres ou de signes magiques. À Saint-Sulpice-sur-Rille, près de Laigle, on remarque, sur l'un des supports de la table d'un dolmen, trois petits croissants gravés en creux et disposés en triangle. Près de Loc-Maria-Ker, il existe un dolmen dont la table est couverte, à sa surface inférieure, d'excavations rondes disposées symétriquement en cercles. Une autre pierre porte trois signes assez semblables à des spirales. Dans la caverne de New-Grange (près Drogheda, comté de Meath, voy. les Collect. de reb. hib. II, p. 161, etc.), se trouvent des caractères symboliques et leur explication en ogham. Le symbole est une ligne spirale répétée trois fois. L'inscription en ogham se traduit par À È, c'est-à-dire le Lui, c'est-à-dire le Dieu sans nom, l'être ineffable (?). Dans la caverne, il y a trois autels (Pictet, p. 132). En Écosse, on trouve un assez grand nombre de pierres ainsi couvertes de ciselures diverses. Quelques traditions enfin doivent appeler l'attention sur ces hiéroglyphes grossiers et à peu près inintelligibles: les Triades disent que sur les pierres de Gwiddon-Ganhebon «on pouvait lire les arts et les sciences du monde;» l'astronome Gwydion ap Don fut enterré à Caernarvon «sous une pierre d'énigmes». Dans le pays de Galles on trouve sur les pierres certains signes, qui semblent représenter tantôt une petite figure d'animal, tantôt des arbres entrelacés. Cette dernière circonstance semblerait rattacher le culte des pierres à celui des arbres. D'ailleurs l'Ogham ou Ogum, alphabet secret des druides, consistait en rameaux de divers arbres et assez analogues aux caractères runiques. Telles sont les inscriptions placées sur un monument mentionné dans les chroniques d'Écosse, comme étant dans le bocage d'Aongus, sur une pierre du Cairn du vicaire, en Armagh, sur un monument de l'île d'Arran, et sur beaucoup d'autres en Écosse.—On a vu plus haut que les pierres servaient quelquefois à la divination. Nous rapporterons à ce sujet un passage important de Taliesin. (N'ayant pas sous les yeux le texte gallois, je rapporte la traduction anglaise.) «I know the intent of the trees, I know which was decreed praise or disgrace, by the intention of the memorial trees of the sages,» and celebrates «the engagement of the sprigs of the trees, or of devices, and their battle with the learned.» He could «delineate the elementary trees and reeds», and tells us when the sprigs «were marked in the small tablet of devices they uttered their voice.» (Logan, II, 388.)
Les arbres sont employés encore symboliquement par les Welsh et les Gaëls; par exemple, le noisetier indique l'amour trahi. Le Calédonien Merlin (Taliesin est Cambrien) se plaint que «l'autorité des rameaux commence à être dédaignée». Le mot irlandais aos, qui d'abord signifiait un arbre, s'appliquait à une personne lettrée; feadha, bois ou arbre, devient la désignation des prophètes, ou hommes sages. De même, en sanskrit, bôd'hi signifie le figuier indien, et le bouddhiste, le sage.
Les monuments celtiques ne semblent pas avoir été consacrés exclusivement au culte. C'était sur une pierre qu'on élisait le chef de clan (Voy. p. [126], app. [58]). Les enceintes de pierres servaient de cours de justice. On en a trouvé des traces en Écosse, en Irlande, dans les îles du Nord (King, I, 147; Martin's Descr. of the Western isles), mais surtout en Suède et en Norvège. Les anciens poèmes erses nous apprennent en effet que les rites druidiques existaient parmi les Scandinaves, et que les druides bretons en obtinrent du secours dans le danger (Ossian's Cathlin, II, p. 216, not. édit. 1765, t. II; Warton, t. I).
Le plus vaste cercle druidique était celui d'Avebury ou Abury, dans le Wiltshire. Il embrassait vingt-huit acres de terre entourés d'un fossé profond et d'un rempart de soixante-dix pieds. Un cercle extérieur, formé de cent pierres, enfermait deux autres cercles doubles extérieurs l'un à l'autre. Dans ceux-ci, la rangée extérieure contenait trente pierres, l'intérieure douze. Au centre de l'un des cercles étaient trois pierres, dans l'autre une pierre isolée; deux avenues de pierres conduisaient à tout le monument (Voy. O'Higgin's, Celtic druids).
Stonehenge, moins étendu, indiquait plus d'art. D'après Waltire, qui y campa plusieurs mois pour l'étudier (on a perdu les papiers de cet antiquaire enthousiaste, mais plein de sagacité et de profondeur), la rangée extérieure était de trente pierres droites; le tout, en y comprenant l'autel et les impostes, se montait à cent trente-neuf pierres. Les impostes étaient assurés par des tenons. Il n'y a pas d'autre exemple dans les pays celtiques du style trilithe (sauf deux à Holmstad et à Drenthiem).
Le monument de Classerness, dans l'île de Lewis, forme, au moyen de quatre avenues de pierres, une sorte de croix dont la tête est au sud, la rencontre des quatre branches est un petit cercle. Quelques-uns croient y reconnaître le temple hyperboréen dont parlent les anciens. Ératosthènes dit qu'Apollon cacha sa flèche là où se trouvait un temple ailé.
Je parlerai plus loin des alignements de Carnac et de Loc-Maria-Ker (t. II. Voyez aussi le Cours de M. Caumont, I, p. 105).