Il est resté en France des traces nombreuses du culte des pierres, soit dans les noms de lieux, soit dans les traditions populaires:
1o On sait qu'on appelait pierre fiche ou fichée (en celtique, menhir, pierre longue, peulvan, pilier de pierre), ces pierres brutes que l'on trouve plantées simplement dans la terre comme des bornes. Plusieurs bourgs de France portent ce nom. Pierre-Fiche, à cinq lieues N.-E. de Mende, en Gévaudan.—Pierre-Fiques, en Normandie, à une lieue de l'Océan, à trois de Montivilliers.—Pierrefitte, près Pont-l'Évêque.—Pierrefitte, à deux lieues N.-O. d'Argentan.—Pierrefitte, à trois lieues de Falaise.—Pierrefitte, dans le Perche, diocèse de Chartres, à six lieues S. de Mortagne.—Idem, en Beauvoisis, à deux lieues N.-O. de Beauvais.—Idem, près Paris, à une demi-lieue N. de Saint-Denis.—Idem, en Lorraine, à quatre lieues de Bar.—Idem, en Lorraine, à trois lieues de Mirecourt.—Idem, en Sologne, à neuf lieues S.-E. d'Orléans.—Idem, en Berry, à trois lieues de Gien, à cinq de Sully.—Idem, en Languedoc, diocèse de Narbonne, à deux lieues et demie de Limoux.—Idem, dans la Marche, près Bourganeuf.—Idem, dans la Marche, près Guéret.—Idem, en Limousin, à six lieues de Brives.—Idem, en Forez, diocèse de Lyon, à quatre lieues de Roanne, etc.
2o À Colombiers, les jeunes filles qui désirent se marier doivent monter sur la pierre-levée, y déposer une pièce de monnaie, puis sauter du haut en bas. À Guérande, elles viennent déposer dans les fentes de la pierre des flocons de laine rose liés avec du clinquant. Au Croisic, les femmes ont longtemps célébré des danses autour d'une pierre druidique. En Anjou, ce sont les fées qui, descendant des montagnes en filant, ont apporté ces rocs dans leur tablier. En Irlande, plusieurs dolmens sont encore appelés les lits des amants: la fille d'un roi s'était enfuie avec son amant; poursuivie par son père, elle errait de village en village, et tous les soirs ses hôtes lui dressaient un lit sur la roche, etc., etc.
TRIADES DE L'ÎLE DE BRETAGNE
Qui sont des triades de choses mémorables, de souvenirs et de sciences, concernant les hommes et les faits fameux qui furent en Bretagne, et concernant les circonstances et infortunes qui ont désolé la nation des Cambriens à plusieurs époques (traduites par Probert.—Voy. page [423], app. [70]).
Voici les trois noms donnés à l'île de Bretagne.—Avant qu'elle fût habitée, on l'appelait le Vert-Espace entouré des eaux de l'Océan (the Seagirt Green Space); après qu'elle fut habitée, elle fut appelée île de Miel, et après que le peuple eut été formé en société par Prydain, fils d'Aedd-le-Grand, elle fut appelée l'île de Prydain. Et personne n'a droit sur elle que la tribu des Cambriens, car les premiers ils en prirent possession; et avant ce temps-là, il n'y eut aucun homme vivant, mais elle était pleine d'ours, de loups, de crocodiles et de bisons.
Voici les trois principales divisions de l'île de Bretagne.—Cambrie, Lloégrie et Alban, et le rang de souveraineté appartient à chacun d'eux. Et sous une monarchie, sous la voix de la contrée, ils sont gouvernés selon les établissements de Prydain, fils d'Aedd-le-Grand; et à la nation des Cambriens appartient le droit d'établir la monarchie selon la voix de la contrée et du peuple, selon le rang et le droit primordial. Et sous la protection de cette règle, la royauté doit exister dans chaque contrée de l'île de Bretagne, et toute la royauté doit être sous la protection de la voix de la contrée; c'est pourquoi il y a ce proverbe: Une nation est plus puissante qu'un chef.
Voici les trois piliers de la nation dans l'île de Bretagne.—La voix de la contrée, la royauté et la judicature d'après les établissements de Prydain, fils d'Aedd-le-Grand. Le premier fut Hu-le-Puissant, qui amena la nation le premier dans l'île de Bretagne; et ils vinrent de la contrée de l'été, qui est appelée Defrobani (Constantinople?); et ils vinrent par la mer Hazy (du Nord) dans l'île de Bretagne et dans l'Armorique, où ils se fixèrent. Le second fut Prydain, fils d'Aedd-le-Grand, qui le premier organisa l'état social et la souveraineté en Bretagne. Car avant ce temps il n'y avait de justice que ce qui était fait par faveur, ni aucune loi excepté celle de la force. Le troisième fut Dynwal Moemud; car il fit le premier des règlements concernant les lois, maximes, coutumes et privilèges relatifs au pays et à la tribu. Et à cause de ces raisons ils furent appelés les trois piliers de la nation des Cambriens.
Voici les trois tribus sociales de l'île de Bretagne.—La première fut la tribu des Cambriens, qui vint de l'île de Bretagne avec Hu-le-Puissant, parce qu'ils ne voulaient pas posséder un pays par combat et conquête, mais par justice et tranquillité. La seconde fut la tribu des Lloegriens, qui venaient de la Gascogne; ils descendaient de la tribu primitive des Cambriens. Les troisièmes furent les Brython, qui étaient descendus de la tribu primitive des Cambriens. Ces tribus étaient appelées les pacifiques tribus, parce qu'elles vinrent d'un accord mutuel, et ces tribus avaient toutes trois la même parole et la même langue.
Les trois tribus réfugiées: Calédoniens, Irlandais, le peuple de Galedin, qui vinrent dans des vaisseaux nus en l'île de Wight, lorsque leur pays était inondé; il fut stipulé qu'ils n'auraient le rang de Cambriens qu'au neuvième degré de leur descendance.