À travers tant de sombres choses, on tombe à une grande lumière,—la mort qui trône au Louvre,—dans un Paris désert, la mort réelle de la France sous la figure de l'Anglais, de Lancastre. Le roi des prêtres Henri, le damné pharisien, nous dit: «que nous n'avons péri qu'à cause de nos péchés.»
Je ne lui réponds pas; que ce soient les Anglais qui lui répondent eux-mêmes.
Ils disent qu'avant Azincourt, chaque Anglais avisa à son salut, se confessa; les Français s'embrassèrent, se pardonnèrent et oublièrent leurs haines.
Ils disent qu'en Espagne où Français, Anglais guerroyaient, ceux-ci mourant de faim, les Français les nourrirent.—Je m'en tiens à cela: c'est le parti de Dieu.
La plus grande légende de nos temps va venir. On la voit dans un germe effrayant surgir vers 1360, et rayonner sublime, charmante, attendrissante, en 1430 (3e et 5e volumes).
On avait entrevu la ville et les communes. Mais la campagne? qui la sait avant le XIVe siècle? Ce grand monde de ténèbres, ces masses innombrables, ignorées, cela perce un matin. Dans le tome troisième (d'érudition surtout), je n'étais pas en garde, ne m'attendais à rien, quand la figure de Jacques, dressée sur le sillon, me barra le chemin; figure monstrueuse et terrible. Une contraction du cœur convulsive eut lieu en moi... Grand Dieu! c'est là mon père? l'homme du Moyen âge?... «Oui... Voilà comme on m'a fait! Voilà mille ans de douleurs!...» Ces douleurs, à l'instant je les sentis qui remontaient en moi du fond des temps... C'était lui, c'était moi (même âme et même personne) qui avions souffert tout cela... De ces mille ans, une larme me vint, brûlante, pesante comme un monde, qui a percé la page. Nul (ami, ennemi) n'y passa sans pleurer.
L'aspect était terrible, et la voix était douce. Ma douleur s'en accrut. Sous ce masque effrayant était une âme humaine. Mystère profond, cruel. On ne le comprend pas sans remonter un peu.
Saint François, un enfant qui ne sait ce qu'il dit, et n'en parle que mieux, dit à ceux qui demandent quel est l'auteur de l'Imitatio: «L'auteur, c'est le Saint-Esprit.»
«Le Saint-Esprit, dit Joachim de Flore, c'est celui dont le règne arrive, après le règne de Jésus.»
C'est l'esprit d'union, d'amour, enfin sorti de l'étouffement de la légende. Les libres associations de confréries, communes, furent la plupart sous cette invocation. Tel fut, en 1200, à l'époque albigeoise, le culte et des communes, et des chevaliers du Midi, culte d'esprit nouveau que l'Église noya dans des torrents de sang.