L. Decreta, D. l. XLII, t. I: «Decreta a prætoribus latine interponi debent.»—Tibère s'excusa auprès du sénat d'employer le mot grec de monopole... «Adeo ut monopolium nominaturus, prius veniam postularit quod sibi verbo peregrino utendum esset; atque etiam in quodam decreto patrum, cum ἔμβλημα recitaretur, commutandam censuit vocem.» Suet., in Tiber., c. LXXI.
[108]: Dion Cassius.
[109]: Dès le VIIIe siècle, le mariage des deux langues gauloise et latine paraît avoir donné lieu à la formation de la langue romane. Au IXe siècle, un Espagnol se fait entendre d'un Italien. (Acta SS ord. S. Ben., sec. III, P. 2e, 258.) C'est dans cette langue romane rustique que le concile d'Auxerre défend de faire chanter par des jeunes filles des cantiques mêlés de latin et de roman, tandis qu'au contraire ceux de Tours, de Reims et de Mayence (813, 847), ordonnent de traduire les prières et les homélies; c'est, enfin, dans cette langue qu'est conçu le fameux serment de Louis le Germanique à Charles le Chauve, premier monument de notre idiome national.—Le latin et le gaulois durent, sans aucun doute, y entrer, suivant les localités, dans des proportions très-différentes. Un Italien a pu écrire, vers 960: «Vulgaris nostra lingua quæ latinitati vicina est» (Martène, Vet. Scr. I, 298), ce qui explique pourquoi la langue vulgaire provençale était commune à une partie de l'Espagne et de l'Italie; mais rien ne nous dit qu'il en fut de même de la langue vulgaire du milieu et du nord de la Gaule. Grégoire de Tours (l. VIII), en racontant l'entrée de Gontran à Orléans, distingue nettement la langue latine de la langue vulgaire. En 995, un évêque prêche en gaulois (gallice. Concil. Hardouin, V, 734). Le moine de saint Gall donne le mot veltres (lévriers) pour un mot de langue gauloise (gallica lingua). On lit dans la vie de saint Columban (Acta SS. sec. II, p. 17): «Ferusculam, quam vulgo homines squirium vocant (un écureuil).» Il est curieux de voir poindre ainsi peu à peu, dans un patois méprisé, notre langue française.
[110]: Alb, d'où: Alpes, Albanie; penn, pic, d'où: Apennins, Alpes Pennines.—Bardd, Βάρδοι, ap. Strab., l. IV, et Diod., l. V. Bardi, ap. Amm. Marc., l. XV, etc.—Derwydd (V. note p. 41); aujourd'hui encore en Irlande, Drui signifie magicien; Druidheacht, magie; Tolland's Letters, p. 58. Dans le pays de Galles, on appelle les amulettes de verre: gleini na Droedh, verres de druides.—Trimarkisia, de tri, trois, et marc, cheval. Owen's welsch Dictionn. Armstrong's gaël dict. «Chaque cavalier gaulois, dit Pausanias (l. X, ap. Scr. fr. I, 469), est suivi de deux serviteurs qui lui donnent au besoin leurs chevaux; c'est ce qu'ils appellent dans leur langue Trimarkisia (τριμαρκισια) du mot celtique marca.»—À ces exemples on en pourrait joindre beaucoup d'autres. On retrouve le gæsum (javelot gaulois) des auteurs classiques dans les mots galliques; gaisde, armé; gaisg, bravoure, etc. Le cateia, dans gath-teht (prononcez ga-té). La rotta, ou chrotta (Fortunat, VII, 8), dans le gaélique cruit, le cymrique crwdd, est la roite du moyen âge.—Le sagum, dans l'armoric sae, etc., etc.
[111]: Il n'y a pas un homme illettré en Irlande, Galles et Écosse du Nord, qui ne comprenne:
| Arma | virumque(ac) | cano | Trojæ | qui | primus | ab | oris | ||
| Gaeliq. | Arm | agg | fer | can | pi | pim | fra | or | |
| Gallois. | Arvau | ac | gwr | canwyv | Troiau | cw | priv | o | or |
| Γηνητήθω | φάος | καἱ | ἔγενἐτο | φάος. | |||||
| G'ennet | pheor | agg | genneth | pheor. | |||||
| Ganed | fawdd | ac y | genid | fawdd. | |||||
| Fiat | lux | et (ac) | lux | facta | fuit. | ||||
| Feet | lur | agg | tur | feet | fet. | ||||
| Tydded | lluch | a | lluch | a | felhied. | ||||
| Cambro-Briton, janvier 1822. | |||||||||
[112]: Ardennæ: l'article ar, et den (cymr.), don (bas-bret.), domhainn (gaël.), profond.—Arelate: ar, sur, et lath (gaël.), llaeth (cymr.), marais.—Avenio: abhainn (gaël.), avon (cymr.), eau.—Batavia: bat, profond, et av, eau.—Genabum (Orléans), et de même Genève: cen, pointe, et av, eau.—Morini (le Boulonnais): môr, mer.—Rhodanus: rhed-an, rhod-an, eau rapide (Adelung Dict. gaël. et welsch.), etc.
[113]: On peut citer les exemples suivants:
| Breton. | Gallois. | Irlandais. | Latin. | |
| Bâton. | .... | .... | batta. | baculus. |
| Bras. | .... | braich. | .... | brachium. |
| Carriole, chariot. | carr. | .... | carr. | currus. |
| Chaîne. | chadden. | .... | caddan. | catena. |
| Chambre. | cambr. | .... | .... | camera. |
| Cire. | .... | .... | ceir. | cera. |
| Dent. | .... | dant. | .... | dens. |
| Glaive. | glaif. | .... | .... | gladius. |
| Haleine. | halan. | alan. | .... | halitus. |
| Lait. | .... | laeth. | laith. | lac, lactis. |
| Matin. | mintin. | .... | madin. | mane, matunitus. |
| Prix. | pris. | .... | pris. | pretium. |
| Sœur. | choar. | .... | seuar. | soror. |
[114]: Ces idées que je hasarde ici trouvent leur démonstration complète et invincible dans le grand ouvrage que M. Edwards va publier sur les langues de l'occident de l'Europe. Puisque j'ai rencontré le nom de mon illustre ami, je ne puis m'empêcher d'exprimer mon admiration sur la méthode vraiment scientifique qu'il suit depuis vingt ans dans ses recherches sur l'histoire naturelle de l'homme. Après avoir pris d'abord son sujet du point de vue extérieur (Influence des agents physiques sur l'homme), il l'a considéré dans son principe de classification (Lettre sur les races humaines). Enfin il a cherché un nouveau principe de classification dans le langage, et il a entrepris de tirer du rapprochement des langues les lois philosophiques de la parole humaine. C'est avoir saisi le point par où se confondent l'existence extérieure de l'homme et sa vie intime.—Ceci était écrit en 1832.—En 1842, nous avons eu le malheur de perdre cet excellent ami.—M. Edwards, né dans les colonies anglaises, était originaire du pays de Galles.