Le moment où la République eut la plus belle chance contre Bonaparte, et pouvait l’écraser encore, ce fut le 1er août, où, sans ordre, il avait levé le siège de Mantoue. Il n’aurait pu alors rendre compte de sa royauté financière dont il avait écarté tous les surveillants légitimes. A ce moment, Augereau, Masséna eussent suffi pour le premier péril. Et on eût, de surcroît, fait venir l’armée des Alpes et Kellermann, qu’il avait si orgueilleusement repoussé. Son inquiétude principale était la prise immense que la levée du siège donnait à ses clairvoyants ennemis, les patriotes de Paris. Aussi, il regretta beaucoup d’avoir outragé leur homme, Salicetti. C’est à lui qu’il écrit sa première lettre, qu’il date de Brescia, 2 août. Il lui envoie son frère Louis, et le prie de croire ce que Louis dira. Cette lettre ne témoigne que trop du désordre de son esprit. Il lui parle d’abord de la bataille de Lonato comme gagnée ; elle ne le fut que le lendemain 3 août. Puis il ajoute : « Battu, je me retirerai sur l’Adda. Battant, je ne m’arrêterai pas aux marais de Mantoue » (parole singulière, puisqu’il a laissé Mantoue deux jours auparavant).

Ce même 2 août, il écrit vaguement au Directoire : « Nous avons eu des revers ; puis des victoires. » Enfin, le 4, après Castiglione, qui le rassure, il fait le malade, le bon citoyen amoureux de la retraite (9 août). Il bénit Carnot, qui fut sans doute touché, et, comme toujours, répondit de lui.

Déjà après la victoire de Lonato et sans attendre celle de Castiglione, il avait envoyé un aide de camp à Paris. Le 9, dans sa lettre à Carnot, il paraît souhaiter ce qu’il craignait le plus, (c’est-à-dire d’être appelé à Paris et de rendre des comptes). Certainement, il avait été instruit par son secrétaire, officier de marine, des grands procès anglais qui occupaient l’Europe. Le long procès d’Hastings, finissait juste au moment, où (sans Castiglione) Bonaparte, appelé à Paris, eut eu à craindre un procès semblable, qui l’aurait arrêté dans sa voie téméraire. (1795)

FIN DU TOME PREMIER.

TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TOME PREMIER

Pages.

Avant-propos

[I]

Préface

[VII]

PREMIÈRE PARTIE
LA FIN DES JACOBINS

Chap. I.

— Le Jacobinisme finit. — Le Socialisme commence.Babeuf, Saint-Simon, Fourier

[1]

II.

— Babeuf

[8]

III.

— Saint-Simon en 93 et 94

[15]

IV.

— Babeuf au 9 thermidor

[23]

V.

— La sortie les prisons. — L’explosion de la pitié

[28]

VI.

— Le grand club de Babeuf réclame pour les droitsde Paris

[37]

VII.

— La résurrection de Danton (août 94)

[45]

VIII.

— L’Assemblée, pour se maintenir, favorise les Jacobinscontre Paris et Babeuf (1–6 septembre 94)

[58]

IX.

— Les Jacobins menaçants, menacés. — On fermele club de Babeuf (8–30 septembre 94)

[66]

X.

— Les Jacobins en péril. — Babeuf arrêté. — Fréron(octobre 94)

[76]

XI.

— Terrible ascendant des femmes. — Cequ’étaient les Jacobines

[86]

XII.

— Les dames de la réaction

[91]

XIII.

— La clôture des Jacobins (10 nov. 94)

[101]

DEUXIÈME PARTIE
FIN DE LA CONVENTION. — DIRECTOIRE.

Chap. I.

— La France reprend le mouvement. — Lagrande création des écoles. — Réactionde la nature

[109]

II.

— La France déborde au dehors. — Grandeur etvertu des armées. — La magnanimitéde Hoche

[124]

III.

— Aveugle réaction de la pitié. — Les chouansenhardis. — Meurtres et faux assignats(novembre–décembre 94)

[138]

IV.

— Le panique de l’assignat. Les spéculateurs.Les utopistes. — Saint-Simon, Babeuf(94–95)

[150]

V.

— Comment la terreur blanche se préparal’hiver

[162]

VI.

— Les journées de germinal (1er avril). — Massacresde Lyon (5 mai 95)

[170]

VII.

— Journée de prairial (20 mai 95). — Envahissementde l’Assemblée

[183]

VIII.

— Procès de prairial. — La mort de la Montagne(21 mai–17 juin 95)

[199]

IX.

— Ignorance et des républicains et des royalistes.Massacres du Midi (mai–juin 95)

[215]

X.

— Quiberon (25 juin–2 juillet 95)

[225]

XI.

— Rentrée des royalistes. — Leurs masquesdivers

[256]

XII.

— Vendémiaire. — Bonaparte

[276]

TROISIÈME PARTIE
ORIGINE ET COMMENCEMENT DE BONAPARTE.

Chap. I.

— Madame Lætitia. — La Corse. — Paoli

[291]

II.

— Les Bonaparte. — Leur position double. — L’enfantde la prophétie

[298]

III.

— Bonaparte séminariste

[306]

IV.

— De royaliste il devient maratiste

[312]

V.

— Misères. — Intrigues avant et après Vendémiaire

[319]

VI.

— Joséphine. — Organisation de la publicitépour la campagne d’Italie

[328]

VII.

— Victoire sur le Piémont. — Bonaparte traiteavec le roi, sans dire un mot pourl’Italie

[334]

VIII.

— Lodi (12 mai 95)

[343]

IX.

— Bonaparte ne comprit rien à l’Italie

[354]

X.

— Bonaparte roi d’Italie

[360]

XI.

— Défaillance de Bonaparte (2 août). — Augereaule relève. — Castiglione (4 août 95)

[369]

FIN DE LA TABLE DU TOME PREMIER.

PARIS. — IMPRIMERIE ÉMILE MARTINET, RUE MIGNON, 2.