Mes sympathies pour l’Allemagne et, en général, pour les grands peuples de l’Europe, sympathies d’autant plus françaises qu’elles étaient européennes, ont apparu surtout au Collège de France. Entouré de ces jeunes gens qui m’aimaient, j’y tenais la table d’Arthur, où tous les peuples venaient s’asseoir, me demander de leur verser la vie.
Tant que César dura, je ne pensai pas à y retourner. J’achevais l’immense monument que je devais à la France. Mais, en 1871, je crus devoir réclamer moins pour moi que pour le Collège de France, pour l’inamovibilité de ses professeurs, droit reconnu dès sa fondation, et par plus d’un ministre même.
M. Jules Simon alors ministre me répondit que ma chaire était régulièrement occupée. Ce que je nie. — En 1852, M. Alfred Maury, bibliothécaire très confident de l’empereur, s’y fit nommer, et, de plus, directeur des Archives, ce qui est un sous-ministère.
Même interdiction contre mes livres d’enseignement, contre le Précis d’histoire moderne, prescrit jadis par l’Université. Tant on craint même les livres impartiaux qui remplaceraient ceux de l’empire.
Ceci n’est pas une plainte.
Suspendu en 1847 par le ministère Guizot,
Destitué au 2 décembre (sans retraite, ni pension),
De nouveau repoussé de ma chaire par le gouvernement de Versailles,
Je n’ai pas à me plaindre. Car, rien ne m’a manqué. Les gouvernements, les partis se sont trouvés d’accord pour me récompenser en proclamant, de leur mieux, mon indépendance.