Si ces trois partis sont faibles, étouffés ou ajournés, que restera-t-il ? La guerre.

C’est l’avenir sombre, lugubre, que je vois à l’horizon, vers lequel je vais cheminer à travers le flux, le reflux, le violent cahotement, les secousses opposées.


Le 9 octobre, au nom des Comités, le grand faiseur Cambacérès lut une adresse, adoptée, envoyée par toute la France. Elle frappait les Jacobins et l’ennemi des Jacobins, Babeuf, le club de l’Évêché.

Elle désignait les premiers, « ces patriotes outrés qui parlent tant d’échafauds. » Elle rappelait adroitement qu’ils avaient eu tout dans les mains, que beaucoup étaient acquéreurs, qu’on eût pu demander compte « aux patriotes enrichis. »

Mais, d’autre part, on rassurait les acquéreurs, quels qu’ils fussent : « La propriété est sacrée. Loin de nous ces systèmes d’immoralité, de paresse, qui diminuent l’horreur du vol, qui l’érigent en doctrine. »

Calomnieuse insinuation qui voulait frapper Babeuf. Mais le journal de Babeuf, jusqu’en octobre (en janvier même), n’a pas un mot de communisme, de lois agraires, etc. Il défend tout au contraire le droit de propriété. Les ouvriers de Paris auxquels surtout ils s’adressent, ne demandaient point de terres, ils n’auraient su qu’en faire. Ils voulaient du travail, du pain. Ils voulaient que les denrées ne fussent plus enchéries par les réquisitions d’une guerre désormais offensive, interminable, éternelle.

Le mot paresse était singulièrement dur, injuste. Babeuf avait eu pour lui les travailleurs de Paris, les sections laborieuses.

Et le mot immoralité, qu’il était peu mérité ! Quel intérieur laborieux, austère, que celui de Babeuf ! Lui seul a toute la peine et l’imprimeur tout le gain. Sa femme et son fils de neuf ans travaillent jour et nuit à plier et distribuer le journal. Point de temps même pour manger. La maison est abandonnée. Deux pauvres petits enfants, dont l’un de trois ans, restent seuls, enfermés tout le jour. L’imprimeur un matin refuse d’imprimer, chasse la femme, dénonce lui-même Babeuf au Comité de sûreté. On l’arrête le 25 octobre. Ses faux amis thermidoriens l’accablent, poursuivent son club, prennent les papiers, emprisonnent le président, les secrétaires. Ainsi, plus d’élections. Voilà l’Assemblée tranquille. La Commune ne renaîtra pas ; l’ombre importune de Chaumette est rentrée dans le tombeau.

Coup grave pour Paris, pour sa moralité même. C’était par là que Paris reprenait à la vie civique, aux principes et aux idées. En détruisant l’Évêché, et bientôt les Jacobins, on détourna fortement les esprits vers un autre monde, de passions, de sentiments, de plaisirs, de jouissances. L’Assemblée, par ce double coup, croira avoir calmé les masses. Au contraire, une explosion de fureurs en divers sens va éclater, et au procès de Carrier, et à la chasse brutale que l’on donne aux Jacobins, à la guerre d’outrages impudiques que l’on fait aux Jacobines.