C’est un changement à vue. Qui parlait avec Babeuf, et qui réclama pour lui ? Les sections du travail (Saint-Martin, Saint-Denis, du Temple), faubourgs du Nord et Saint-Antoine.
Et qui parle, après Babeuf ? qui prend le haut du pavé ? Le Paris de la Banque. C’est la section Lepelletier ou des Filles-Saint-Thomas. Section d’abord girondine, et peu à peu royaliste, l’ennemie de la Révolution.
Le lendemain du jour où ceux-ci virent l’Évêché fermé, la voix du vrai Paris éteinte, ils se trouvèrent tout à coup avoir du courage, se mirent à relancer les Jacobins. Cette section de la Banque, dans son brûlant patriotisme, vint le 2 octobre à la barre crier contre Robespierre et la queue de Robespierre. Elle demande qu’on arrête un Jacobin qui s’est vanté d’avoir été, dans la nuit du 9 thermidor, contre la Convention.
Belle prise pour les réacteurs. Ils obtiennent une inquisition. On demandera désormais à tout fonctionnaire : « Cette nuit-là, où étais-tu ? »
Là-dessus Legendre prend feu : « Oui, il faut que chacun dise : Si j’ai failli, prenez ma tête… Jusque dans la Convention, je revois toujours Robespierre, Billaud, Collot, Barère… » La défense des accusés était très froidement reçue. Mais Carnot, Lindet, Prieur, invoqués, par eux, voulurent bien dire qu’ils les avaient vus toujours dans les bons principes, et qu’eux-mêmes avaient participé à toute mesure des Comités.
Le péril des Jacobins était si visible que plusieurs d’entre eux, qui étaient membres de la Convention, crurent les sauver en les purgeant, demandèrent et firent décréter « que l’Assemblée épurât les Jacobins de Paris. » (4 octobre.)
Le 13, une bombe éclata sur les Jacobins de Nantes. Merlin lut une dénonciation contre tel qui a fait noyer…
A ce mot l’Assemblée frémit. La voilà tout étonnée de ces choses connues de tous, qu’elle sait très bien depuis un an… Mais 93 est si loin, si reculé dans le passé !
Un patriote de Vendée, Goupilleau, crie : « Hors la loi ! » André Dumont fait décréter que le Comité de Nantes sera mis en jugement.
Énorme coup de théâtre. Toute la France, à ce moment, ne regarde plus l’Assemblée. Elle regarde le tribunal où ce comité arrive accablé, jugé d’avance, se rejetant sur Carrier. Mais son plus terrible regard se pose sur les Jacobins, sur les défenseurs de Carrier.