Un coup de tête à la Henri IV, ou à la Condé ! Mais le Condé d’alors n’était pas de cette taille. Il dit oui, mais avec l’Autriche et son armée ; oui, avec l’Angleterre et ses guinées ; oui, si Pichegru lui livre des places fortes.

Pichegru était né royaliste, il l’était de tempérament ; serf de l’autorité. Jadis il avait plu à Condé, plus tard à Saint-Just, toujours aux bureaux de la guerre et aux officiers du génie qui en étaient les maîtres, et qui aimaient fort les serviles. Ils lui firent sa fortune en lui donnant la belle et facile affaire de Hollande. Ces savants, si forts sur les choses, et si ignorants des personnes, ne devinèrent jamais qu’il fût dangereux. Hoche l’avait jugé tel, et un animal à sang froid.

Condé et l’Autrichien lui demandaient de commencer par ce qui l’eût perdu auprès de son armée et l’aurait rendu inutile, de leur livrer Strasbourg, l’Alsace !

C’est exactement la sottise (que l’on va voir) de Pitt avec les Vendéens. Il veut des places, Belle-Isle, Lorient, Saint-Malo. Bref, il n’a rien, fait tout manquer.

Le parti royaliste est sans tête, sans système et sans unité ; mais sa force, très grande, est toute locale. Il exploite aisément au midi, à l’ouest, la revanche de la Terreur, l’aveugle furie, là bourgeoise, ici populacière, la liberté charmante de piller, casser tout. Aux massacreurs du Rhône, aux chouans assassins, il est évidemment le parti de la liberté.


Reprenons donc un peu les affaires du Midi.

La trahison des royalistes, celle surtout d’Imbert (que lui-même a contée en 1814) avait livré Toulon aux Anglais-Espagnols[19] ; mais ceux-ci ne firent rien pour fortifier les royalistes. On perdit plusieurs mois à tuer et à torturer des patriotes. La reprise fut facile, quoi qu’on ait dit. La seule vue des localités montre aux plus ignorants que le jeune Bonaparte n’eut guère de peine à trouver le vrai point d’où l’on pouvait agir.

[19] Comment Toulon fut livré aux Anglais et aux Espagnols ? M. Imbert, le traître, dans sa brochure de 1814, a parfaitement expliqué sa trahison. Il dit qu’il demanda de l’emploi à la République, qu’on lui confia une escadre, qu’il livra l’escadre et le port. « Je m’étais chargé d’une grande expédition pour en faire manquer les effets, ainsi que le portaient mes ordres secrets, les seuls légitimes. »

Les patriotes, maîtres à leur tour, tuèrent deux cent cinquante royalistes (et non huit cents) ; mais une grande partie de la population, l’arsenal entier, avaient fui. Les représentants appelèrent de tous côtés des ouvriers qui furent une petite colonie patriote, isolée, fort mal entourée, mais très encouragée par les Jacobins de Marseille.