Nous attendions aussi les Mémoires de Barras (par Saint-Albin), qui, je crois, a été trop sévèrement jugé.

Nous attendions les Mémoires de Réal, qui furent présentés sur une épreuve unique au roi Louis-Philippe, si curieux d’histoire contemporaine.

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Mais, indépendamment des causes latentes qui peu à peu se révèlent, d’autres causes visibles menaient le Directoire à sa perte.

On prévoyait la guerre. La Réveillère lui-même, devant la coalition qui se formait, grandie de l’alliance russe, avait dit : « La guerre est nécessaire. »

Pour en payer les frais, on eut recours à une ressource fort dangereuse : on rétablit l’octroi, avec les grotesques forteresses des fameuses barrières de Paris, dont plusieurs subsistent encore.

Au milieu de l’irritation causée par cette mesure, arriva la nouvelle de l’assassinat de nos envoyés, tués par les Autrichiens à Rastadt.

Déjà des traitements barbares, infligés aux prisonniers français en Angleterre, indiquaient qu’aux yeux de nos ennemis, un Français n’était plus un homme. Cette inhumanité nous fut très-profitable. Elle remonta, tendit le nerf national. Nous retrouvâmes l’élan de 92. Une nouvelle génération, surgit, non moins brave, et bien plus disciplinée. A cette époque, le culte de la république était si fort encore, qu’on l’opposait comme une autre religion aux barbares et fanatiques soldats de Suvarow.

La loi de la conscription (réquisition perpétuelle) fut proposée par Jourdan, votée avec enthousiasme. L’élan fut tel que le gouvernement se trouva fort embarrassé de suivre un mouvement si rapide.

Au milieu de cet élan guerrier, éclata le désastre d’Aboukir.