[39] Correspondance, t. III, p. 205.
M. Lanfrey a fort bien résumé ces incroyables variations, de mars en octobre 97, tous ces marchandages d’États, de peuples. Venise, offerte par Carnot, et, d’autre part, Milan dans une autre combinaison, arrivent tour à tour. Mais c’est dans la Correspondance de Bonaparte, c’est de lui-même qu’il faut apprendre les détails de sa perfidie. Non seulement il laisse nos envoyés français s’engager, promettre en son nom, mais, lui-même, il écrit aux Vénitiens comme à un peuple ami et allié, protégé de la France, pour leur soutirer leurs vaisseaux par lesquels il saisit dans l’Adriatique les îles vénitiennes. De proche en proche, il se rend maître des ressources de tout genre qu’offrait leur port, même du bois de construction. Pendant ce temps, dans ses lettres à Paris, il écrit mille injures contre les Italiens, et, pour faire plus d’impression, il met par deux fois dans ses lettres des petits stylets vénitiens, qui, dit-il, ont servi aux assassinats de Vérone.
Pour retrouver un spectacle semblable dans l’histoire, il faut remonter jusqu’aux légations de Machiavel, aux perfidies de César Borgia.
LIVRE III
FRANCE, 1796-1797, JUSQU’EN FRUCTIDOR
CHAPITRE PREMIER
DE LA SECONDE RÉACTION QUI MÈNE EN FRUCTIDOR.
C’est au traité de Léoben que les dissentiments du Directoire, jusque-là assez bien cachés, apparaissent enfin et commencent la période de lutte qui ne finit qu’en Fructidor.
A Léoben, nous voyons la minorité du Directoire, Carnot et Letourneur, se ranger du côté de Bonaparte et de la paix avec l’Autriche ; d’autre part, la majorité, Barras, Rewbell, la Réveillère, lutter, puis céder à regret, ayant contre eux les amis de la paix, c’est-à-dire tout le monde. Le parti royaliste ayant déjà ce traité, prit son élan vainqueur pour les élections qui suivirent.
Pendant quatre-vingts ans, les royalistes ont constamment plaidé contre la république. Constamment les bonapartistes, même les indifférents et gens d’affaires, ont jugé que les traités de Chérasco, de Léoben, étaient deux très bonnes affaires, c’est-à-dire ont adopté l’avis de Bonaparte et de Carnot contre la majorité du Directoire.
Celle-ci, si violemment attaquée, ne s’est point défendue.
Rewbell n’a rien écrit, que je sache.