Larmes précieuses qui firent espérer la réconciliation des deux sœurs, Russie et Pologne, et la résurrection de celle-ci.
Dès lors le mur fatal qui depuis si longtemps a comme divisé le monde, et séparé l’Occident de l’Orient, ce mur tombait. La Russie, l’Orient, tenus loin de l’Europe par l’interposition de la grosse Allemagne, entraient en communication avec l’Occident, le Midi s’alliait à des races plus en rapport avec la vivacité russe, et l’électricité toute méridionale de ce peuple que les invasions tartares ont seules rejeté dans le Nord.
Dans cette courte préface sur la Justice historique, comme un redressement des jugements précipités que portent les contemporains, j’ai négligé son aspect le plus haut, celui d’un effort du cœur, de la raison, pour anticiper ici-bas la Justice suprême qui doit régner dans l’univers.
Mes aspirations en ce sens ne viennent pas du cœur seul. Elles sont autorisées par une sérieuse considération du monde.
Ce monde présente en tout des lois analogues, une identité admirable dans ses méthodes, ses procédés. Les prétendus savants qui nient cela ne s’aperçoivent pas qu’ils font deux mondes différents, l’un soumis à la règle et au plus parfait équilibre ; l’autre tout inharmonique, désordonné, un vrai chaos. — Je ne connais qu’un monde, et voyant partout l’équilibre, la justesse dans les choses physiques, je ne doute pas qu’il n’y ait également équilibre et justesse dans les choses morales. Sinon ici, du moins ailleurs, dans les globes et les existences qu’il nous sera donné de traverser.
La Justice, ce Dieu qu’à mon âge de force, à la mort de mon père, j’invoquai (dans la préface de ma Révolution), est toujours mon soutien. J’y trouve un sérieux bonheur, une espérance qui ne peut me tromper, contre les deux écoles sophistiques, l’une du néant, l’autre de l’arbitraire, du caprice divin.
Donc, malgré l’âge, je continue mon œuvre. Si pourtant elle devait finir ici, je ne me plaindrais pas. Je vois qu’en toutes choses le progrès est l’allure constante de cette Puissance de la vie qui va toujours de bien en mieux, et je garde l’espoir, comme un courageux ouvrier, que de mes travaux imparfaits j’irai à un travail meilleur.
Paris, 1er mars 1873.
HISTOIRE
DU
XIXE SIÈCLE