Mais bien loin que sa passion lui adoucît le cœur, il croyait par la mort des Bourbons qu’il disait vouloir tous tuer, s’il se pouvait[54], assurer, préparer avec certitude l’élévation de l’héritier de son choix.

[54] Miot, t. II, p. 227.

Dans l’exécution sanglante de douze royalistes qu’on préparait, Joséphine et Hortense ne purent obtenir que deux grâces : celles de MM. de Polignac et de Rivière, deux jeunes gens pour qui priait tout le faubourg Saint-Germain.


Madame Bonaparte fut plus puissante pour servir les intérêts de son petit-fils. Poussée par la passion elle se démasqua, démentit tout ce qu’on croyait de sa douceur timide. Elle obtint de Napoléon qu’il ferait une visite solennelle à Louis, où Napoléon lui déclarerait tous ses projets pour la grandeur de l’enfant qui lui était cher. Chose délicate, mais Bonaparte, qui avait presque élevé Louis, semblait ne pouvoir être fort embarrassé devant lui. Il l’était cependant ; et, pour se rassurer, ou pour étourdir cet homme faible et maladif, il imagina une chose ridicule : ce fut d’arriver chez lui à l’improviste, comme dans un tourbillon, avec une escorte de trente cavaliers qui suivaient sa voiture au galop, sabre nu.

Sa meilleure escorte était Joséphine, qui, le voyant hésiter, montra plus de courage et dit nettement à Louis qu’une loi sur l’hérédité était faite, qu’il fallait obéir aux lois ; qu’il s’agissait d’être homme dans ces grandes circonstances, où d’ailleurs il trouverait son avantage.

Puis elle en vint à lui dire que, d’après la loi qu’on venait de faire, le droit de succession ne serait conféré qu’aux membres de la famille qui auraient seize ans de moins que le premier consul, et que son fils était le seul qui remplît cette condition ; qu’il serait l’héritier.

Louis fut indigné, ainsi que Joseph, qui, dès qu’il sut la chose, s’emporta violemment, maudit l’ambition de Napoléon, et souhaita lui aussi sa mort comme un bonheur pour sa famille et pour la France[55].

[55] Miot, t. II, p. 179-180.

CHAPITRE VI
LE SACRE. — LE PAPE A PARIS. — TRIOMPHE D’HORTENSE ET JOSÉPHINE SUR LES FRÈRES