« Mais, lui dit-on, cet univers, ce mouvement immense et varié, cette scène du monde dont nous sommes environnés, qu’en faites-vous ? »

Ici, il faut voir l’homme. Fichte avait l’extérieur d’un héros des Nibelungen. Peu grand, il est vrai, mais fort, sanguin, et doué d’une puissance invincible d’affirmation qui subjuguait l’esprit.

« Si l’univers, lui disait-on, devient problématique, que deviendra la Patrie, l’Allemagne ? »

Fichte ne dit pas : « Périsse l’univers ! » Il fut clément pour la réalité, dit froidement : « Je ne lui défends pas d’exister, mais comme une simple conception de mon esprit. »

Dans cet idéalisme si haut tout disparut, la bassesse actuelle des gouvernements allemands, et ce qui allait venir, la défaite d’Iéna, l’insolence de Bonaparte. Ce n’était plus que de simples êtres de raison et la tyrannie du néant.


Parmi les étudiants d’Iéna, et probablement les auditeurs de Fichte, se trouvait un gaillard de la sauvage Poméranie, le célèbre Jahn, un gymnaste admirable dans tous les exercices du corps, qui enseigna et répandit son art. Plus tard, nous verrons l’époque des teutomanes chevelus, un peu ridicules parfois, mais d’une vraie grandeur patriotique. On commença à dire, à croire que les anciens Allemands étaient les plus forts des hommes. Et on mêla les vieilles légendes scandinaves de Siegfrid, etc., avec les Nibelungen allemands du treizième siècle. Mais n’anticipons pas sur tout cela.


Les étudiants, très nombreux, et qui formaient comme une jeune nation, n’eussent pas répandu leur esprit, sans la langue qu’ils avaient commune avec le peuple. Je parle de la langue musicale.

On le remarque très bien dans tous les arts qu’on pourrait dire allemands, spécialement dans l’harmonie musicale, le grand art où plusieurs instruments font chacun leur partie. On le voit même aux populations rurales, assez grossières pour tout le reste. Les paysans, l’hiver s’associent à merveille pour ce qu’on appelle la musique de chambre. L’été, les concerts en plein vent permettent de faire agir d’ensemble plusieurs groupes d’exécutants. Et quand l’exécution est plus parfaite et mieux disciplinée, elle permet aux foules même d’y prendre part.